Pédophile ou bienveillant… L’ancien entraîneur de football et avocat a comparu mardi et mercredi devant la Cour pénale à Neuchâtel. L’homme est accusé, entre autres, d’actes d’ordres sexuels avec des enfants et de contraintes. Il avait été condamné en première instance, en décembre 2022, à 22 mois de prison avec sursis. Comme devant le Tribunal criminel, le Ministère public a une nouvelle fois requis une peine de 30 mois de prison dont un an ferme. Sur le banc de la partie plaignante se trouvent deux anciens stagiaires de l’homme de loi, âgés de 13 à 15 ans au moment des faits. Ils accusent notamment le prévenu de les avoir savonnés sous la douche, de les avoir séchés, y compris les parties intimes, de les avoir punis s’ils ne travaillaient pas bien en leur demandant de se mettre nu et pour l’un de lui avoir donné des fessées.
La ligne a été franchie entre légalité et illégalité
Pour le Parquet, l’avocat a clairement franchi le pas entre la légalité et l’illégalité. Et il devait le savoir en raison de sa profession. Il devait aussi le savoir puisqu’il avait déjà été confronté à une affaire similaire en 2017 et pour laquelle il avait été blanchi. Mais, au bénéfice du doute, comme l'a rappelé l’un des avocats des parties plaignantes. Après cette première affaire, il aurait dû tout mettre en œuvre pour que ça ne se reproduise plus. L’avocat nie la grande majorité des faits qui lui sont reprochés. Il admet en revanche une grande proximité avec ces jeunes, mais précise que s’il avait des gestes qui gênaient les adolescents, comme une main dans les chevaux, il arrêtait de le faire.
Une relation père-fils
Le prévenu qualifie cette proximité avec les jeunes comme un rapport père-fils. Lors de son audition, il est largement revenu sur cette relation. Il mettait tout en œuvre pour que ces jeunes en difficulté, et qu’il avait pris sous son aile, atteignent leurs objectifs, objectifs fixés en accord avec eux et leurs parents. Se montrant parfois très exigeant à leurs égards. Ils voulaient que ces jeunes réussissent. Leurs réussites étaient sa réussite, leurs échecs étaient son échec, comme l'a expliqué la défense. Or, les deux plaignants en avaient marre, selon leurs dires, de l’avoir toujours sur le dos. Un ras-le-bol, qui pour la défense, les ont amenés à tout faire pour s’en débarrasser. Ils ont tapé sur ses casseroles, à savoir sa première affaire. Ils l’ont accusé pour éviter de retourner travailler, pour avoir la paix. La défense met en lumière ce mécanisme avec l’un des jeunes qui est revenu sur ses accusations et qui a témoigné mardi. Il était en conflit avec le prévenu, car ce dernier voulait qu’il travaille et mieux qu’il arrête de fumer des joints. Or, l’adolescent n’avait qu’une envie, comme il l’a dit : « aller trainer avec ses potes qui étaient aux sociaux ». Avec cette dénonciation, il a atteint son but : avoir la paix. Un témoignage rejeté par le Ministère public. Pour le Parquet, ce jeune est toujours sous emprise.
Coupable avant d'être jugé
Les avocats de la défense estiment aussi que la première affaire a lourdement pesé sur la seconde. « Cette première affaire, elle hante la seconde. » Leur client était déjà coupable avant même d’être jugé. Certains voulaient prendre leur revanche sur l’acquittement de l’ancien entraîneur en 2017. Pour étayer cet argumentaire, la défense est revenue sur l’arrestation de son client. Les policiers lui auraient dit : cette fois, on ne va pas vous louper.
Pour les parties plaignantes, « cette théorie du complot » ne tient pas. Et les dires de leurs clients sont crédibles. Ils sont constants et ne chargent pas le prévenu, au contraire, les adolescents mettent aussi en évidence tout ce que l'accusé a fait pour eux. Leurs avocats relèvent qu'ils étaient sous emprise. Emprise que le prévenu a tout fait pour mettre en œuvre : cadeaux, menaces de stopper leurs apprentissages, voyage pour aller voir des matches de football. Cette emprise, le Ministère public l’a aussi largement mise en évidence dans son réquisitoire. « Elle excitait le prévenu. »
La pédophilie du prévenu
La procureure est aussi largement revenue sur l’expertise psychiatrique du prévenu, expertise qui conclut que l’homme est un pédophile homosexuel. Elle a relevé que donner des fessées, savonner et sécher les adolescents, leur mettre de la crème y compris sur les parties intimes, les masturber, dormir dans le même lit, assister à leur douche, se déshabiller et se tenir nu en guise de punition, « tous les actes ont une connotation sexuelle. » Ce que réfute la défense. Selon elle, on donne à cette expertise une dimension qu'elle n'a pas. Rien n'a été trouvé qui prouve cette attirance pour les enfants.
La défense plaide l'acquittement. Les parties plaignantes demandent qu’à minima le jugement de première instance soit confirmé.
Le verdict sera rendu vendredi 24 mai dans l’après-midi. /sma









