Un infirmier hospitalier de Mulhouse témoigne : « on choisit ceux qui ont le plus de chance de s’en sortir »

Alors que l’Hôpital du Jura s’apprête à accueillir deux patients français pour soulager la ...
Un infirmier hospitalier de Mulhouse témoigne : « on choisit ceux qui ont le plus de chance de s’en sortir »

Alors que l’Hôpital du Jura s’apprête à accueillir deux patients français pour soulager la région du Haut-Rhin, un infirmier de l’hôpital de Mulhouse décrit un quotidien éprouvant et une course permanente

Le personnel soignant à Mulhouse est sur le front d'une lutte acharnée face au Covid-19. (Photo : LD) Le personnel soignant à Mulhouse est sur le front d'une lutte acharnée face au Covid-19. (Photo : LD)

Le canton du Jura s’apprête à accueillir deux patients français qui se trouvent dans un état grave. Ils arriveront du Haut-Rhin en France voisine, région la plus touchée en France et qui croule actuellement sous les cas de Covid-19. Un hôpital militaire de fortune a été déployé sur le parking de l’hôpital de Mulhouse pour le désengorger. Là-bas, les équipes de soignants font face à une situation tendue et éprouvante. Un infirmier hospitalier à Mulhouse nous a confié son quotidien qui fait parfois penser à des scènes de temps de guerre.


« Si tu as plus de 65 ans, on ne t’intubera plus. Il y a trop de cas. »

« On se croirait dans un de ces films surréalistes sur la fin du monde », confie d’ailleurs Bastien*. Depuis quelques jours, voir ces militaires monter un hôpital de fortune, entendre le bruit sourd des hélicoptères qui balaient le ciel lui « glace le sang ». Dans l’hôpital, la surcharge est telle que Bastien et ses collègues doivent faire le tri. « Quand il te reste deux lits et que tu as trois patients dans un état grave, tu choisis celui qui a le plus de chance de s’en sortir », résume l’infirmer. « Aujourd’hui si tu as plus de 65 ans, on ne t’intubera plus, plus de respiration artificielle. Car il y a trop de cas ».


L’afflux aux urgences ne faiblit pas

Et aux portes des urgences, l’afflux ne faiblit pas. Des patients renvoyés chez eux car leurs symptômes n’étaient pas alarmants reviennent trois jours plus tard en détresse respiratoire. « On ne sait plus où les mettre », se désole Bastien. Des salles dédiées à d’autres tâches sont réquisitionnées pour installer de nouveaux lits de réanimation. Les équipes sont épuisées. L’infirmier décrit cette collègue qui pleure dans un couloir « car elle vient de travailler neuf jours non-stop ». Certains craquent, lui aussi parfois, face à la mort à laquelle ils sont confrontés chaque jour.


La méthode suisse ? « J’ai du mal à comprendre »

Et puis il faut gérer la peur, le risque, « celui d’attraper le virus, de le ramener à la maison dans ma famille, celui de voir des collègues contaminés » comme cela a déjà été le cas. L’hôpital militaire apportera dès ce début de semaine 30 lits de réanimation supplémentaires. Plusieurs patients ont déjà été transférés vers l’Allemagne ou d’autres sites français, à Bâle également et deux dans le Jura. C’est une course. « L’incertitude constante, une épée de Damoclès permanente », décrit Bastien qui a du mal à comprendre qu’à quelques kilomètres de là, en Suisse, le confinement n’ait pas été ordonné. Car le plus effrayant, « c’est de ne pas voir de perspectives d’amélioration », lâche l’infirmier alors que le pic n’a toujours pas été atteint en France. Conscient, dit-il, « qu’on n’a pas encore vécu le pire ». /jpi


*Son prénom a été modifié pour préserver son anonymat.

Les tentes d'un hôpital militaire de fortune se dressent désormais sur le parking du site de Mulhouse. (Photo : LD) Les tentes d'un hôpital militaire de fortune se dressent désormais sur le parking du site de Mulhouse. (Photo : LD)


 

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