Les fruits neuchâtelois sont toujours plus rares. Les vergers sont remplacés par des constructions, mais certains acteurs de la branche dénoncent aussi le manque de soutien du Canton. Une motion votée en 2019 n’a toujours pas abouti.
Si vous avez des fruits neuchâtelois sur votre table, c’est un petit miracle. Le canton ne compte presque plus de production fruitière : 60% de ses vergers ont disparu en 40 ans. L’Office fédéral de la statistique décrit une tendance plus prononcée à Neuchâtel qu’en moyenne suisse.
Cause principale de cette disparition: la construction. Bien souvent situés autour des villages, les vergers sont coupés lorsque de nouvelles habitations ou des routes de contournement sortent de terre.
Face à ce recul, les mesures de protection manquent selon Julien Auroi, co-fondateur de la Coopérative de la Bor à Valangin. « Il n’y a aucune protection dans le canton. Si quelqu’un veut arracher un verger centenaire, il peut le faire sans demander aucune autorisation, alors que l’on ne peut pas détruire un mur en pierres sèches ni une haie vive », regrette l’arboriculteur.
Une motion attend depuis 2019
En réponse à ce constat, la Coopérative de la Bor a déposé une motion populaire en 2019 auprès du Grand Conseil neuchâtelois. Le texte, soutenu par une majorité de députés, demande de protéger les vergers et soutenir la filière arboricole. Mais depuis, les motionnaires attendent. « C’est déplorable. Légalement, une motion doit être réglée après deux ans », commente Julien Auroi. Il appelle le Conseil d’État à « faire son travail » et à présenter un projet de loi pour concrétiser les demandes de la motion.
Julien Auroi : « Nous sommes allés au Château pour secouer le pommier, dire à nos élus de faire leur travail ! »
En janvier 2024, le Conseil d’État proposait de classer la motion, estimant avoir présenté des mesures suffisantes dans un autre projet de loi (LASA). Mais le Grand Conseil a refusé de refermer le dossier.
Dans une réponse écrite, le Département du développement territorial et de l'environnement indique ne pas être en mesure de répondre aux critiques énoncées, le dossier étant en cours d’examen. Il assure qu’il donnera suite à la motion « en début d’année prochaine ».
L’arboriculture pas assez soutenue
Pour Julien Auroi, la disparition des vergers est aussi le symptôme d’un manque de soutien public. Il aimerait que le Canton soutienne autant l’arboriculture fruitière que la viticulture, « le Saint Graal intouchable » à Neuchâtel, bien mieux reconnue selon lui.
Il regarde aussi avec intérêt certaines mesures adoptées par les cantons voisins : « Le Jura a certifié la Damassine en AOP, ce qui a valorisé le produit », explique-t-il. Une manière de garantir des débouchés pour les personnes qui plantent ces pruniers, qui contribue donc à préserver les vergers jurassiens. /jti









