La lutte contre le décrochage scolaire s’organise à La Chaux-de-Fonds

Un projet-pilote pour venir en aide aux adolescents en décrochage scolaire. Intermède a vu ...
La lutte contre le décrochage scolaire s’organise à La Chaux-de-Fonds

Un projet-pilote pour venir en aide aux adolescents en décrochage scolaire. Intermède a vu le jour au début de l’année 2024 à La Chaux-de-Fonds. C’est un début, mais ça n’est pas suffisant pour endiguer la recrudescence des jeunes en difficulté.

Le Dr Hugues Paris, médecin-chef du département de l’enfance et de l’adolescence au sein du CNP, souhaiterait que le canton de Neuchâtel se dote de centres de jour pour adolescents.  Le Dr Hugues Paris, médecin-chef du département de l’enfance et de l’adolescence au sein du CNP, souhaiterait que le canton de Neuchâtel se dote de centres de jour pour adolescents.

Huit semaines pour aider les jeunes en décrochage scolaire à retourner à l’école. C’est le projet pilote Intermède. Porté par le Service de santé scolaire et de promotion de la santé et l’École de La Chaux-de-Fonds ainsi que le Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP) il a été lancé au début de l’année 2024.

À ce jour, Intermède a vu passer une vingtaine d’adolescents âgés de 12 et 16 ans. Sur une base volontaire, ils sont pris en charge trois demi-journées par semaine durant deux mois par une équipe pluridisciplinaire qui travaille sur trois axes : l’esprit, le corps et la pédagogie.

Un problème de santé publique

Des élèves qui ne vont plus à l’école, « c’est un phénomène qui nous touche de plus en plus en Occident », constate le Dr Hugues Paris qui dirige le département de l’enfance et de l’adolescence au sein du CNP. « Autrefois, on avait quelques élèves qui faisaient l’école buissonnière. Aujourd’hui, on a un nombre non négligeable, même massif d’élèves qui ne vont plus à l’école pour des raisons souvent d’anxiété, de refus scolaire, de harcèlement, de non-désir d’accéder au savoir. Ça devient un problème de santé publique et de santé en général. »

Du côté de l’école obligatoire de La Chaux-de-Fonds (EOCF), on constate aussi une recrudescence du décrochage scolaire. Si le phénomène prend de l’ampleur, il n’est pas nouveau. « Il y a une vingtaine d’années, on a engagé une enseignante spécialisée pour suivre les élèves hospitalisés, malades à la maison ou souffrants de phobie scolaire », explique Fabrice Demarle, le directeur du secteur ouest. Le problème, c’est que l’élève décrocheur est souvent très seul. Une enseignante spécialisée qui rencontre ces jeunes à leur domicile, « ça ne les incite pas à sortir de chez eux ». Pour Fabrice Demarle, Intermède fait office de structure intermédiaire. Elle « n’oblige pas les adolescents à retourner à l’école, mais à sortir de chez eux, dans un cadre protégé. C’est un seuil pour renouer le contact et retrouver un certain rythme ».

Des causes multiples

Les causes du décrochage scolaire sont mal connues. Les spécialistes ont identifié plusieurs éléments : réseaux sociaux, une société toujours plus exigeante, familles plus complexes, manque de structure, etc.

Dr Hugues Paris, pédopsychiatre et directeur du département de l’enfance et de l’adolescence au CNP : « Les réseaux sociaux, c’est des machines à promouvoir la haine. »

Le phénomène ne fait pas de distinction entre les sexes, les classes sociales ou l’aisance scolaire. Il frappe tous types d’élèves à tous moments. Avant, le décrochage intervenait à des moments de passage, comme entre l’école obligatoire et le secondaire II. Aujourd’hui, ça peut arriver à tout moment et à des élèves de plus en plus jeunes, constate le Dr Paris.

« À un moment, il y a quelque chose qui craque dans le désir d’aller à l’école. »

Le projet Intermède vise à intervenir le plus tôt possible pour remettre ces adolescents sur le chemin de l’école, « le lieu du savoir, de la sociabilité, de la rencontre de l’autre ». La première étape consiste à identifier la cause du dérochage. Il propose ensuite toute une série d’exercices pour revaloriser l’adolescent. Le travail se fait en groupe. Il s’agit de permettre aux adolescents décrocheurs, qui se retrouvent souvent seuls à la maison, de sociabiliser. Le retour à l’école s’accompagne d’une prise en charge pédagogique, psychologique, familiale.

« Les adolescents décrocheurs se trouvent très seuls. Ils sont à la maison, ils ne bougent pas, ils ne voient personne. »

Depuis son lancement au début de l’année 2024, le projet Intermède a déjà pris en charge une vingtaine de jeunes. Et le bilan semble globalement positif. D’abord parce que l’équipe pluridisciplinaire, bien que d’horizons différents, arrive à travailler ensemble. Ensuite, parce que « les adolescents semblent satisfaits. Nombre d’entre eux sont retournés à l’école ».

« On avait très peur, puisque ce sont des adolescents décrocheurs, qu’ils décrochent aussi Intermède. »

Une nouvelle session Intermède démarrera au mois de février. Et après ? À ce stade, le projet pilote ne bénéficie pas d’un financement particulier. Il fonctionne grâce aux budgets courants des institutions impliquées.

« Il faut absolument qu’on développe des centres de jour pour adolescents. »

« Dans les orientations stratégiques du CNP, qui ont été validées par nos politiques », explique le Dr Paris, « il y a la création de centres de jour pour adolescents, dont Intermède est un prototype ». Le chef département de l’enfance et de l’adolescence au sein du CNP espère qu’une telle structure pourra voir le jour « si possible » en 2026. Pour ça, il faudra des budgets supplémentaires. /cwi