Au deuxième jour du procès de la bagarre sanglante du 24 décembre 2023 qui a opposé deux clients de l’établissement au personnel de sécurité, le Ministère public neuchâtelois demande que la tentative de meurtre soit retenue contre le principal prévenu.
La justice neuchâteloise devra tenter de démêler le vrai du faux dans une fin de soirée qui a tourné au pugilat. Depuis mercredi, le Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers à Boudry se penche sur la bagarre sanglante survenue dans la nuit du 24 décembre 2023 devant une boîte de nuit du centre-ville de Neuchâtel. Elle a opposé deux frères à deux agents de sécurité de l’établissement.
Les quatre protagonistes ont été touchés à des degrés divers. Le principal prévenu est accusé de tentative de meurtre pour avoir blessé à l’aide d’une arme blanche les deux videurs de la discothèque. Tout a démarré par une remise à l’ordre du personnel de sécurité après que ce dernier a traversé l’établissement une cigarette à la main. S’en est suivie une altercation verbale qui a rapidement dégénéré en coups de poing avec l’usage de spray ou encore d’une poubelle-cendrier. L’audience s’est poursuivie ce jeudi avec le réquisitoire du Ministère public et les plaidoiries des avocats.
Six ans de prison requis contre l’auteur présumé des coups de couteau
Pour le procureur, le duo de frères « a choisi l’escalade et la brutalité » et balaie la théorie comme quoi ils ont été victimes. « La thèse de l’agression est anéantie », car l’homme accusé des coups de couteau « a frappé en premier ce qui a sonné le départ d’un déchainement de violence. Il ne peut y avoir de situation de légitime défense en étant à l’origine de l’attaque ». A ses yeux, « quoi qu’il dise, il a bien failli provoquer la mort. » Ajoutant que les propos de l’accusé comme quoi « il a juste voulu piquer et pas planter ne tiennent pas la route. Il prétend qu’il tenait le couteau par la lame et non pas par le manche, mais il n’avait pas une seule mini-coupure sur ses doigts », a appuyé le représentant du Ministère public. Il a retenu la tentative de meurtre et demande six ans de prison ferme et l’expulsion du territoire suisse. Pour son frère, accusé de lésions corporelles simples, il requiert 12 mois de prison avec sursis pendant cinq ans ainsi que l’expulsion facultative.
Quant aux deux agents de sécurité prévenus de lésions corporelles simples, le procureur les libère de ces accusations et retient la légitime défense.
« Dans cette affaire, il n’y a que deux victimes »
À la suite du réquisitoire, l’avocat des deux agents de sécurité a fait part « de son soulagement de reconnaitre ses clients comme des victimes. » Il a martelé que c’était les deux frères qui avaient « l’intention d’en découdre » et « qu’ils ont saisi le premier prétexte venu pour déverser leur violence lors d’une attaque purement gratuite. » Il se rallie au Ministère public quant aux peines requises contre les deux frères et demande l’acquittement des charges retenues contre les deux agents de sécurité. « La légitime défense doit clairement être admise », conclut-il.
« Une autre réalité » plaidée
L’avocat de l’individu accusé des coups de couteau a d’abord mis en avant la personnalité de son client et ses qualités, parlant « d’un homme bienveillant, respectueux, honnête, loyal et sincère. » Il a relevé « qu’à aucun moment, il n’a voulu tuer, « d’ailleurs aucune zone létale n’a été visée. Il a été frappé, ceinturé, a subi deux lardasses sur l’arrière du crâne avec un objet contondant. » Dans sa plaidoirie, l’avocat a aussi souligné que sur les 11 trous provoqués par les coups de couteau dans la veste, seuls trois ont blessé l’agent, « ce qui veut bien dire que mon client le tenait par la lame. Et contrairement aux dires du procureur, il avait bien des lésions sur le pouce », a-t-il encore rétorqué. Il rejette donc la tentative de meurtre et plaide un cas de légitime défense excusable. L’avocat demande une peine de 30 mois de prison, dont 15 avec sursis, et de renoncer à l’expulsion.
Enfin, l’avocat du frère s’est appliqué à démontrer que son client « est une victime collatérale » et a été « le seul à avoir eu des déclarations constantes. » Que dans cette affaire, « il ne faut pas travestir la réalité », il n’y a pas « un bloc de gentils vs un bloc de méchants. Du côté des agents de sécurité, des erreurs ont aussi été commises. Il y a eu un florilège d’absurdités, de contradictions, de mensonges, de virevoltages de dernières minutes. » Il demande l’abandon des charges et l’acquittement évoquant « un cas d’école de légitime défense. » Selon l’avocat, la présomption d’innocence doit prévaloir, car « à part les blessures (commises par les coups de couteau de son frère), il n’y a pas de preuves objectives, mais uniquement subjectives, basées sur les dépositions des personnes impliquées, sans audition de témoins ».
Le verdict sera rendu jeudi prochain. /jpp









