Le genre fait la compétence chez les poissons nettoyeurs

Des chercheurs de l’Université de Neuchâtel ont mis en évidence des différences de genre dans ...
Le genre fait la compétence chez les poissons nettoyeurs

Des chercheurs de l’Université de Neuchâtel ont mis en évidence des différences de genre dans les capacités cognitives des poissons nettoyeurs

Le labre nettoyeur commun. (Photo : Elias Levy / CC BY 2.0 via Wikimedia Commons). Le labre nettoyeur commun. (Photo : Elias Levy / CC BY 2.0 via Wikimedia Commons).

Les femelles excellent dans l’art de contourner un obstacle pour accéder à de la nourriture, les mâles sont meilleurs pour apprendre à associer des repères visuels avec la présence de nourriture. Cette différence liée au genre dans les capacités cognitives des poissons nettoyeurs est rapportée par des chercheurs de l’Université de Neuchâtel (UniNE).

Les labres nettoyeurs Labroides dimidiatus pratiquent des activités de nettoyage au service des habitants du récif corallien. Elles consistent à se nourrir des ectoparasites qui encombrent la peau ou les écailles de leurs clients, a indiqué mercredi l'UniNE dans un communiqué.

L’espèce fait partie des organismes qui changent de genre au cours de leur vie et où la différence de sexe s’exprime par la taille des individus. En effet, ces poissons coralliens naissent femelles et vivent en groupe d’une demi-douzaine d’individus, sans jamais cesser de grandir.

Et sitôt que l’un d’entre eux devient plus grand que ses voisines, il se transforme en mâle. Les autres femelles constituent alors son harem, rendant possible la reproduction de l’espèce.

Or, il s’avère que mâles et femelles des labres nettoyeurs présentent des capacités cognitives différentes. Un résultat que vient de mettre en évidence Zegni Triki, post-doctorante de l’Université de Stockholm, sur la base de ses précédentes recherches menées à l’UniNE avec Redouan Bshary, directeur du Laboratoire d’éco-ethologie, qui signe également l’étude.


Maîtrise de soi

« C’est la première fois que des capacités cognitives liées au genre sont observées chez un poisson qui change de sexe », souligne la biologiste, citée dans le communiqué.

Ainsi, les mâles sont plus performants dans des tâches d’apprentissage, tandis que les femelles font preuve de plus de maîtrise de soi. En clair, les mâles apprennent plus facilement à associer une couleur avec la présence de nourriture. Les femelles, elles, sont meilleures que les mâles dans le contrôle de leurs impulsions.

Les expériences sur ces poissons coralliens ont été menées en aquarium, dans les laboratoires de Lizard Island en Australie. Les tâches d’apprentissage consistent à placer de la nourriture derrière un plateau de couleur jaune, et à le poser verticalement dans le bac. A côté de celui-ci est disposé un autre plateau vertical, rouge celui-là, qui ne cache aucune récompense gourmande.

En répétant l’expérience, les mâles finissent par apprendre à se diriger systématiquement vers le plateau nourricier, alors que les femelles n’arrivent à l’atteindre qu’aléatoirement, selon ces travaux publiés dans la revue Royal Society Open Science.


Les mâles s’entêtent

A contrario, la gent féminine du labre nettoyeur excelle dans une autre expérience où de la nourriture est disposée derrière une paroi transparente en plexiglas.

Les femelles arrivent à se maîtriser quand elles voient de la nourriture derrière un obstacle transparent. Elles contrôlent leurs impulsions qui consisteraient à vouloir atteindre directement la nourriture, ce qui les conduirait à se cogner contre l’obstacle. Elles contournent donc l’obstacle tout en gardant un œil sur la nourriture jusqu’à y accéder.

Les mâles, en revanche, s’entêtent à buter plus de fois que les femelles contre la paroi transparente avant de la contourner et d’accéder finalement à la nourriture. A comparer ces deux performances, les biologistes s’accordent à dire que celle qui procure le plus d’avantages est la capacité d’apprentissage caractéristique des mâles.

« Ceci expliquerait que les meilleures femelles dans cette tâche sont les plus à même de grandir rapidement, donc de changer de sexe et devenir des mâles », commentent Zegni Triki et Redouan Bshary.

Reste encore à déterminer si, à l’échelle individuelle, une femelle qui devient mâle garde encore ses capacités de femelle, ou si elle les perd totalement. Une piste que les deux biologistes entendent explorer dans la suite de leurs travaux. /ATS-gtr


 

Actualités suivantes

Articles les plus lus