Enseignement pédagogique: le cri du coeur et de la raison

C’est un accord intercantonal qui est crucial. S’il est refusé, ce sont plusieurs milliers ...
Enseignement pédagogique: le cri du coeur et de la raison

 Ce concordat signifiera peut-être la fin de l'indifférence à la différence.

C’est un accord intercantonal qui est crucial. S’il est refusé, ce sont plusieurs milliers d’enfants qui en feront les frais dans le canton de Neuchâtel.

Mercredi matin,  des syndicats d’enseignants et des associations de parents concernés par les besoins éducatifs des enfants en situation de handicap ont tiré la sonnette d’alarme. Selon eux,  si le Grand Conseil refuse la semaine prochaine le concordat sur la pédagogie spécialisée, on court à la catastrophe.

Les acteurs concernés veulent aussi la mise en œuvre rapide de cet accord intercantonal : dans les six mois et non étalé sur 4 à 5 ans comme le voudrait le Canton.

Enfin, le financement doit être revu : les enveloppes doivent être fixées en fonction du nombre d’enfants ayant droit à des mesures particulières. Donc flexibles.


Neuchâtel et le Jura à la traîne

Cet accord intercantonal vise notamment à mieux intégrer les enfants dont le handicap a été reconnu et qui ont des besoins particuliers dans le cursus scolaire traditionnel. On parle de 3’000 à 4'000 enfants ayant entre 0 et 20 ans concernés dans le canton, selon les associations qui défendent leurs droits.

Depuis le 1er janvier 2011, chaque canton régit sa manière d’organiser les mesures pédagogiques grâce à son concordat. Le texte doit toutefois être approuvé ou par le gouvernement, ou par le législatif. C’est chose faite dans quasi tous les cantons romands, sauf Neuchâtel et le Jura. Mais ces cantons doivent s’y mettre car on parle ici d’une obligation légale.


Philippe Gnaegi cloué au pilori

Dans le canton de Neuchâtel, la situation est préoccupante, voire grave, ont tenu à rappeler les associations concernées.

Les moyens qui devraient être mis à disposition ne le sont pas. L’enseignement pédagogique est négligé, et les enfants en font les frais selon elles. La faute en particulier au Département de l’éducation et à son actuel chef, Philippe Gnaegi, qui aurait laissé pourrir la situation.

Ainsi, le DECS n’aurait pas respecté, dès 2008, l’octroi systématique pour les situations de handicap reconnues.  La raison ? La santé et le social coûtent trop cher dans le canton… aurait répondu, et répondrait toujours Philippe Gnaegi.

Le canton aurait dû allouer une enveloppe financière proportionnelle au nombre d’enfants en ayant le droit. Au lieu de cela, il a constamment fixé le montant de l’enveloppe sans regarder combien de situations étaient reconnues et donc dans le droit d’avoir une aide.

Pour les associations présentes mercredi matin, c’est tout simplement intolérable et illégal. Les enfants en situation de handicap n’ont pas pu bénéficier de mesures appropriées et sont donc laissés pour compte.


Les enseignants veulent redevenir enseignants

Des représentants des syndicats des enseignants ont aussi pris la parole. Ils ont rappelé qu’ils n’ont rien contre le fait d’intégrer un enfant en situation de handicap dans une classe traditionnelle…à condition qu’on leur donne les moyens, qu’ils soient financiers, logistiques ou professionnels.

Dans bien des cas, un enseignant se retrouve avec un enfant qui a besoin de soins particuliers, mais il doit aussi assumer 24, voire 25 autres élèves. Or,  notre mission c’est de faire progresser des individus au cœur d’un groupe. A trop s’investir pour une personne, on pénalise tout le monde. Chacun son métier, reprécisons les rôles !, déplore Stéphane Lauper, représentant du Syndicat autonome des enseignants neuchâtelois.

Je pourrais raconter des dizaines d’histoires. Sachez simplement que trop de familles jettent l’éponge et retirent leur enfant de l’école faut de moyens et d’appui. Dans le meilleur des cas, ces familles changent de canton. Elles vont par exemple dans le canton de Vaud, où les périodes spécialisées s’élèvent à 8 heures hebdomadaires et non deux comme ici. Dans le pire des cas, je connais des gens qui paient, de leur poche, pour avoir un enseignement approprié. Ça peut être un auxiliaire de vie…mais rendez-vous compte ! Devoir payer alors que l’école est un droit, c’est scandaleux. On est au Moyen-Age !, raconte Laure Gallet, représentante des enseignants auprès du syndicat SSP.


Philippe Gnaegi répond

Philippe Gnaegi ne se laisse pas démonter. Le chef de l’Education rappelle qu’en 2009, le budget de l’Office de l’enseignement spécialisé s’élevait à 31 millions 980’000 francs. En 2013, il avoisine les 36 millions 582’000 francs, soit une augmentation d’environ 15%. Nous avons investi dans ce domaine qui le mérite, même s’il faut toujours faire plus déclare-t-il. Malgré tout, les associations ont raison, les moyens actuels sont insuffisants, je vais donc demander au législatif de délier les cordons de la bourse, ajoute-t-il.

Le canton de Neuchâtel a bel et bien un retard, cet état de fait n’est pas nié. Mais les lacunes devraient être comblées avec le rapport soumis au Grand Conseil la semaine prochaine, promet Philippe Gnaegi.

La balle est dans le camp du Grand Conseil neuchâtelois… /abo

 

La balle est dans le camp du Grand Conseil neuchâtelois… /abo


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