Protection de l’enfance : entre lacunes et nécessité de poursuivre l’effort

Le Grand Conseil neuchâtelois a pris acte mardi d’un état des lieux peu reluisant du dispositif ...
Protection de l’enfance : entre lacunes et nécessité de poursuivre l’effort

Le Grand Conseil neuchâtelois a pris acte mardi d’un état des lieux peu reluisant du dispositif de soutien et de protection de l’enfance et de la jeunesse mis en place depuis janvier 2019.

Le Canton de Neuchâtel favorise depuis 2019 le maintien des enfants au sein de leur famille plutôt qu'un placement en institution. Un changement de paradigme qui ne se fait pas sans heurt. (Photo libre de droits). Le Canton de Neuchâtel favorise depuis 2019 le maintien des enfants au sein de leur famille plutôt qu'un placement en institution. Un changement de paradigme qui ne se fait pas sans heurt. (Photo libre de droits).

Le bilan de la réforme lancée en janvier 2019 en matière de protection de l’enfance dans le canton de Neuchâtel est peu reluisant. Le Grand Conseil a pris acte d’un état des lieux de la situation mardi, mais tous les groupes ont martelé la nécessité de poursuivre le travail dans ce domaine. Ce nouveau dispositif de soutien et de protection de l’enfance et de la jeunesse (SPEJ) avait pour objectif de réduire les places en institution et de favoriser le maintien des enfants au sein de leur famille. Cette réforme misait sur le développement d’un accompagnement ambulatoire et d’un réseau de familles d’accueil. Sept ans après son lancement, le constat laisse à désirer. Tous les groupes ont fait part de leurs inquiétudes face à un dispositif saturé. Le Conseil d’État a dû faire marche arrière et recréer 16 places dans les institutions l’an passé. « On a mis la charrue avant les bœufs » : l’expression est revenue dans la bouche de plusieurs députés. L’élue vert’libérale Brigitte Leitenberg a parlé du « grand risque pris pour des jeunes fragilisés » lorsque le Conseil d’État a décidé « de réduire les places sans garantir des solutions alternatives ». Le député popiste Julien Gressot s’est quant à lui interrogé : « ces changements ont-ils été correctement accompagnés ? ». Il a également évoqué les économies manquées : le projet prévoyait une baisse des dépenses de 3 millions de francs, mais, dans les faits, ce sont quelque 4 millions de francs supplémentaires qui sont déboursés. Julien Gressot s’inquiète aussi d’un manque de vision à long terme.

Julien Gressot : « C’est vraiment très important d’être rassurés sur le fait que, ces prochaines années, ces dispositifs vont fonctionner dans cette vision de bien-être de l’enfant et des familles. »

Pour le groupe socialiste, par la voix de Josiane Jemmely, « le dispositif doit être dimensionné en fonction des besoins ». De son côté, Hermann Frick, du groupe PLR, a également déploré « une infrastructure informatique pas du tout au goût du jour ». Actuellement, les dossiers sont éparpillés sur plusieurs plateformes, mais il est prévu d'en créer une unique. 


Des familles d’accueil pas aussi nombreuses qu’espéré

Daniel Berger, pour le groupe UDC, a quant à lui évoqué « un objectif partiellement manqué ». Le Conseil d’État tablait sur une montée en puissance du nombre de familles d’accueil prêtes à prendre en charge un enfant : « ça ne s’est pas réalisé », constate-t-il. Il déplore également le manque de vision pour la suite.

Daniel Berger : « J’attends une feuille de route avec un budget derrière. »

Tous les groupes ont également évoqué les remarques adressées par l’Office fédéral de justice qui a procédé à une visite en 2023. L’OFJ a fait état d’un processus de suivi des enfants insuffisant et s’est inquiété de la vétusté des infrastructures.

Cette réforme avait été lancée sur la base d’un constat : le Canton de Neuchâtel place davantage d’enfants en institution que d’autres cantons. De nombreux députés ont appelé à mieux comprendre les raisons de cette réalité.

Le Conseil d’État, par la voix de Frédéric Mairy en charge de la jeunesse, a confirmé qu’une analyse externe allait être menée. « Il faut mieux comprendre les rouages en amont », afin de prendre les mesures qu’il faut pour la suite. Le conseiller d’État a indiqué encore qu’actuellement, le dispositif présente « une petite marge de manœuvre » avec quelques places disponibles. Pour le gouvernement, « le maintien en famille reste une priorité » et « le dossier n’est pas clos » avec le vote du jour. Une des pistes envisagées est de recourir à des familles d’accueil professionnelles pour faire face à des situations « de plus en plus complexes », indique Frédéric Mairy.

Frédéric Mairy : « L’une des mesures qui est esquissée, c’est la professionnalisation des familles d’accueil. »

Le rapport montre aussi que cette réforme est à l’origine d’une bonne partie des difficultés rencontrées aujourd’hui par le Service de protection de l’adulte et de la jeunesse, le SPAJ. /sbm


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