La contre-révolution de 1856 est bien moins connue que celle de 1848 dans le canton de Neuchâtel. Cette tentative d’insurrection royaliste contre la jeune République neuchâteloise a pourtant eu un impact au niveau européen. On vous raconte.
C’est un événement important de l’histoire du canton de Neuchâtel. Et non, on ne parle pas du premier mars 1848. L’Affaire de Neuchâtel, c’est son nom, a commencé en septembre 1856. Et 170 ans plus tard, le Château et musée de Valangin remet cet épisode en avant dans son exposition intitulée « A feu & à sang », qui débute ce dimanche 1er mars.
On le sait : en 1848, les marcheurs républicains ont fait tomber le royaume monarchiste prussien, et les royalistes ont fui le Château de Neuchâtel, déjà symbole du pouvoir. Huit ans après, une contre-révolution se lance principalement depuis la Sagne vers Neuchâtel. « Ils font un peu un premier mars royaliste, en gros », résume Matthieu Lavoyer-Boulianne, historien et co-commissaire de l’exposition. Les royalistes « prennent le Château, arrêtent les autorités et essaient de restaurer l’autorité du roi de Prusse. » Mais les Républicains se remobilisent rapidement et reprennent le Château. Les combats à Neuchâtel ne durent que quelques minutes et l’ensemble de l’opération fera tout de même 17 morts. La jeune République neuchâteloise reste en place alors que 500 personnes sont emprisonnées.
Matthieu Lavoyer-Boulianne : « En 1856, on a des combats autour du Château et on a des morts à déplorer. »
Le roi de Prusse demande alors la libération des prisonniers. « Il est prêt à faire la guerre à la Suisse pour reprendre Neuchâtel. Les autorités neuchâteloises et suisses vont aussi être très fermes et défendre le jeune modèle démocratique suisse », raconte encore le co-commissaire de l’exposition du Château et musée de Valangin. La Confédération souhaite aussi juger les responsables pour cette tentative d’insurrection royaliste. Début 1857, Frédéric-Guillaume IV menace alors d’envahir Neuchâtel avec son armée. Napoléon III et la reine Victoria se mêlent aussi au conflit en tant que médiateurs, voulant à tout prix éviter une guerre mondiale en Europe. L’Affaire de Neuchâtel se terminera avec la signature du traité de Paris en mai 1857, qui stipule que le roi de Prusse renonce à Neuchâtel.
Matthieu Lavoyer-Boulianne : « On a une chance, c’est que Napoléon III a grandi en Suisse. »
Matthieu Lavoyer-Boulianne, historien et co-commissaire de l’exposition le rappelle : cet épisode est « peu connu et pourtant essentiel pour comprendre l’histoire moderne de Neuchâtel. » L’idée avait été soufflée il y a neuf ans par un habitant de Valangin à Camille Jéquier, directrice et conservatrice du Château et musée de Valangin. « Il nous semblait important de parler de toute la partie diplomatique, qui mériterait peut-être d’être un peu plus fouillée. »
Camille Jéquier : « On a beaucoup d’objets qui sont liés aux archives neuchâteloises. »
Des gravures provenant de collections privées sont par exemple exposées au Château et musée de Valangin. Mais aussi un daguerréotype, un ancêtre de la photographie numérique. « Il montre un des protagonistes de ce soulèvement royaliste », détaille Camille Jéquier. « C’est une technique qui est inventée en 1837 et ce daguerréotype date de 1843, donc c’est vraiment un des tous premiers clichés du canton. »
L’exposition « A feu & à sang » est à voir au Château et musée de Valangin entre le 1er mars et le 26 octobre. /swe












