Inscrire le droit des aînés dans la Constitution neuchâteloise. C’est la volonté qui se dégage au sein du Grand Conseil neuchâtelois qui souhaite une meilleure reconnaissance de cette catégorie de la population. Mais l’idée est loin de faire l’unanimité.
Les députés neuchâtelois ont accepté mardi par 56 oui, 31 non et 13 abstentions en première lecture d'ajouter une disposition sur le droit des aînés dans la Constitution cantonale. Le Conseil d'État, l'UDC, des députés de droite et quelques socialistes s'y sont opposés.
« Il s'agit de relever un vide constitutionnel », en lien avec le vieillissement démographique, a déclaré Sarah Blum (POP) au nom de la commission. Genève et Fribourg ont introduit des dispositions similaires, qui permettent d'orienter les politiques publiques et d'envoyer un message clair à la société.
« La portée d'un article constitutionnel n'est pas uniquement symbolique. Il vise à combattre la mise à l'écart des aînés », a expliqué Céline Dupraz (POP). Cette disposition va permettre « d'aller dans le bon sens pour réduire la fracture générationnelle », a ajouté Blaise Courvoisier (PLR). Pour la députée Amina Chouiter Djeibaili (PS), cet article est un engagement durable, au-delà des clivages politiques, et « un rempart contre la discrimination liée à l'âge ».
Céline Dupraz : « Il s’agit d’inscrire que les ainés font partie de la société avec leurs besoins particuliers, avec leur réalité. »
Segmentation de la société
Le Conseil d'État était opposé à l'introduction de cet article constitutionnel. « Bien que l'on comprenne les intentions derrière cette proposition et les besoins des personnes âgées, en lien avec le vieillissement de la population, on estime que la Constitution n'est pas le bon lieu », a expliqué Crystel Graf, présidente du Conseil d'État. Le gouvernement s'interroge sur le périmètre que regroupe le terme « aînés » qui est peu précis. « Cela va rendre difficile l'interprétation », a ajouté Crystel Graf.
Crystel Graf : « Il y a le problème de la notion des ainés… qui sont les ainés ? Elle n’est pas définie. »
L'ensemble du groupe UDC a refusé cet objet. « Il faut éviter une segmentation toujours plus fine de la société et une multiplication des catégories. Cela va nuire à l'unité et la neutralité de la Constitution », a expliqué Frédéric Schlosser.
Le vert'libéral Mauro Moruzzi était aussi opposé à cet article qui pourrait engendrer une campagne politique où les générations s'opposent les unes aux autres. Selon lui, on a besoin au contraire d'envoyer un message aux jeunes pour leur dire que l'on aura besoin d'eux.
Mauro Moruzzi : « Il faut éviter de fragmenter la société. »
Le projet, élaboré en commission sur l'initiative des groupes VertPOP et socialiste, demande de prendre en compte les besoins des retraités, notamment dans les domaines des soins à domicile, des établissements médico-sociaux, des loisirs, des activités associatives et du bénévolat. Il s’inspire fortement de l’article 208 de la Constitution genevoise.
Le Grand Conseil devra se prononcer en 2e lecture sur cet objet. S'il l'accepte à nouveau, la population neuchâteloise devra voter. /ATS-jpp













