Il y a plus d’un siècle, la famille Loup quittait le Val-de-Travers pour la Chine afin d’y vendre des montres. Une époque où les horlogers suisses sillonnaient le monde à la conquête de nouveaux marchés. Une conférence sur le sujet se tient mercredi soir au MIH à La Chaux-de-Fonds.
Une famille neuchâteloise à la conquête de la Chine. Il y a plus d’un siècle, la famille Loup quittait le Val-de-Travers pour l'Empire du Milieu afin d’y vendre des montres. Mercredi soir, une conférence sur cette épopée se tient au Musée international d'horlogerie de La Chaux-de-Fonds.
Parti pratiquement avec des « montres dans sa poche », c’est d’abord Pierre-Frédéric Loup qui atteint la Chine en 1856. Sous l’impulsion de l’un de ses compatriotes déjà sur place, il découvre à l’âge de 19 ans les villes de Hong Kong, Macao et Canton et y fait des affaires. Toutefois, la sauce ne prend pas et la maison d’horlogerie qui emploie les deux Suisses fait faillite. Pour Pierre-Frédéric Loup, ce revirement est l’occasion de se mettre à son compte.
Le Môtisan rachète un atelier d’horlogerie à Pékin en 1881 et cette fois, les affaires démarrent. « Ils n’ont pas fait une fortune extraordinaire, mais ils vivaient bien », glisse l’autrice et chercheuse spécialisée dans les contacts entre Orient et Occident, Estelle Niklès van Osselt. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. Le marché chinois de l’horlogerie était à l'époque à ses prémices, il fallait réussir à séduire le consommateur chinois aux préférences différentes des Européens. « Un des grands problèmes a été de traduire les marques en mandarin », souligne la chercheuse genevoise.
Outre la revente de montres du Val-de-Travers, la famille Loup (Pierre-Frédéric ayant été rejoint entre-temps par sa femme Adèle) avec l’aide de la main-d’œuvre locale, se consacre également à la réparation. Une habile astuce qui leur permet de ne plus avoir besoin de renvoyer la marchandise défectueuse en Suisse, tout en formant la population chinoise à l’art de l’horlogerie. « C’est assez magique de voir que la montre a été un support de rencontres culturelles extraordinaires », sourit l’ancienne conservatrice du musée d’art de Hong Kong.
Estelle Niklès van Osselt : « Ils sont partis quasiment avec des montres dans leurs poches. »
La conquête d’un nouveau marché
Mais alors, pourquoi tout quitter ? À cette époque, où seuls quelques tronçons étaient reliés par voie de chemin de fer, s'éloigner de la Suisse, isolée de toute voie maritime, est une tâche ardue. Transportés par des diligences, les horlogers suisses rejoignaient d’abord l’Angleterre avant la longue traversée jusqu’au Cap de Bonne-Espérance au sud de l'Afrique, pour enfin atteindre l'Asie. « Très vite, un port fut construit à Marseille et on a pu traverser la méditerranée ce qui raccourcit le voyage », précise Estelle Niklès van Osselt. Ainsi, la recherche de nouveaux clients s’apparentait à un périple de plusieurs mois, dont l’issue restait incertaine. Mais selon la chercheuse, le risque en valait le coup. « Il y avait énormément de crises dans le secteur de l’horlogerie déjà au 19e siècle, si on restait au Locle ou à La Chaux-de-Fonds, on n’allait pas très loin », explique-t-elle.
« Il fallait trouver des clients, la Suisse était petite. »
L’affaire de Pierre-Frédéric Loup désormais prospère, elle est léguée à ses trois fils. Les membres de la fratrie empruntent toutefois une trajectoire bien distincte. Gustave, l’ainé, s’oriente progressivement vers l’exportation en Suisse d’antiquités chinoises. Albert devient architecte tandis que Bernard, le cadet, reste dans l’entreprise horlogère familiale. Sous l’occupation japonaise durant la seconde guerre mondiale, la famille Loup rentre petit à petit au bercail, jusqu’à Bernard en 1954.
Pour des questions d’organisation et d’infrastructure, l’accès à l’la conférence de mercredi au MIH a lieu sur invitation. /ave













