L’ADCN inquiète, malgré un taux de chômage au plus bas

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L’ADCN inquiète, malgré un taux de chômage au plus bas

La fraction numérique est de plus en plus problématique pour certaines personnes en recherche d’emploi. De plus, même si les entreprises cherchent de la main-d’œuvre, les associations de défense des chômeurs ne constatent pas de baisse dans les demandes d’aide

Atelier d'informatique à l'Association de défense des chômeurs de Neuchâtel. (Photo: ADCN). Atelier d'informatique à l'Association de défense des chômeurs de Neuchâtel. (Photo: ADCN).

Les Associations de défense des chômeurs sont inquiètes dans le canton de Neuchâtel. Dans son train de mesures d’économies, la Confédération veut réduire de près de 40% sa contribution à l’assurance-chômage. Un thème qui n'a pratiquement pas été abordé lors des campagnes des différents partis en vue des élections fédérales du 22 octobre. Le taux de chômage est certes au plus bas, il affichait 2,6% dans le canton Neuchâtel fin septembre et 2% au niveau national. Des chiffres qui sont trompeurs, car explique, Sandra Spagnol, juriste à l’ADCN Neuchâtel : « Il faut voir ce que l’on met dans les chiffres. Le calcul est opéré sur la base des personnes qui touchent le chômage », autrement dit celles qui ne le perçoivent plus, mais qui n’ont toujours pas retrouvé d’emploi, ne rentrent plus dans ces statistiques. « Les pays voisins calculent le taux de chômage sur la base des prescriptions du Bureau international du travail qui prend en compte les personnes effectivement en recherche d’emploi. (…) Ça veut dire que si la Suisse prenait en compte la même méthode de calcul, on devrait augmenter le taux réel de 2 voire même 2,5 points ». Donc 5% de la population active dans le canton de Neuchâtel.

Sandra Spagnol, juriste à l'ACDN : « Il faut voir ce que l’on met dans les chiffres »

Reste que le taux de chômage a quand même passablement baissé. Il était encore de 4,4% dans le canton en moyenne pour l’année 2021. Certaines branches alertent également sur le manque de main-d’œuvre. Là aussi, répond Sandra Spagnol, les chiffres sont trompeurs. « C’est un paradoxe. Nous, ce que nous constatons, c'est que pour un grand nombre de demandeurs d'emploi, l’accès à un employeur reste extrêmement difficile. L’âge avancé, des trous dans le CV, les expériences professionnelles faites à l’étranger peu ou pas valorisées ou valorisables sur le marché de l’emploi suisse, voire une maitrise imparfaite de la langue française sont autant d’obstacles qui empêchent ces demandeurs d’emploi à avoir accès à un employeur. »

Sandra Spagnol : « Pour un grand nombre de demandeurs d'emploi, l’accès à un employeur reste extrêmement difficile »

L’ADCN constate que la fracture numérique ne cesse de se creuser. Monter un dossier relève pour certains demandeurs d’emploi du parcours du combattant. « Depuis sa modification par les Chambres fédérales durant le Covid, l’assurance chômage est aujourd’hui totalement dématérialisée. Tout se fait désormais uniquement en ligne. Or, dans les demandeurs d'emploi que nous accueillons, un grand nombre ne maîtrise pas les technologies numériques et sont en situation de ce que l’on appelle la fracture numérique. Ce qui les éloigne des plateformes d’accès aux offres d’emplois, car ils ne maitrisent pas les outils informatiques. » Un constat qui a incité l’ADCN à mettre sur pied des ateliers d’informatique.

Sandra Spagnol : « Un grand nombre de demandeurs d'emploi que nous accueillons ne maîtrisent pas les outils informatiques »

Pierre Hobi, bénévole à l’association, explique que « certaines personnes qui ont déjà suivi des cours d’informatiques ailleurs arrivent chez nous en panique parce qu’elles se sont retrouvées au milieu de vingt personnes en train de faire un cours sur Word et elles n’arrivaient pas à ouvrir le logiciel. Nous, notre rôle c’est de les accompagner et de leur redonner confiance. (…) Mais il faut commencer par la base. » À l’ADC, les cours sont donnés individuellement. 

Pierre Hobi, bénévole à l'ADCN : « C'est vraiment un suivi individuel»

Malgré la baisse du taux de chômage, le nombre de personnes qui poussent les portes des associations de défense des chômeurs, que ce soit à Neuchâtel ou à La Chaux-de-Fonds, ne diminue pas. Or, les moyens manquent, notamment en termes de bénévoles. Les deux structures sont à la recherche de personnes prêtes à s'investir ne serait-ce qu'un après-midi par semaine. Sandra Walter a rejoint l’équipe le 1er mai 2016 « pour le plaisir d’aider les gens, de les aiguiller, de leur apporter un peu de soutien. Je crois que c’est primordial à l’heure actuelle. Dans les entreprises maintenant il n’y a plus d’humains. » La satisfaction également pour elle, mais aussi pour la personne qu’elle a aidée, d’arriver le matin avec la boule au ventre et de repartir le soir avec un dossier complet « et un CV qui leur correspond. Ça, c’est important ».

Sandra Walter : « Je le fais pour le plaisir d’aider les gens »

Comme chaque année, les associations de défense des chômeurs du canton s’associent à d’autres organismes pour mettre sur pied la traditionnelle soupe au caillou. Elle a lieu cette année ce mardi 17 octobre dès 14h à l’Amar à Serrières. /sma


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