« Naviguer dans les eaux troubles ne fut pas chose facile » : c'est ainsi que le député libéral-radical Andreas Jurt a résumé l'exercice 2022, réalisé en temps de crises multiples, accepté mardi par le Grand Conseil neuchâtelois. Les comptes de l'année passée bouclent sur un bénéfice de 6,4 millions de francs. Malgré la guerre en Ukraine et l'inflation, l'Etat n'a pas eu à puiser dans les réserves et a pu constituer des provisions à hauteur de 61,7 millions de francs. Pour l'élue vert'libérale Mireille Tissot-Daguette, ce résultat s'explique notamment par la bonne conjoncture : un taux de chômage historiquement bas, des recettes fiscales en hausse de 60 millions de francs par rapport au budget et un montant plus élevé que prévu (81,6 millions de francs) issu de la BNS.
Des investissements jugés trop faibles
Si les groupes ont dans l'ensemble salué ce résultat bénéficiaire, ils ont été unanimes à décrier un trop faible volume d'investissements, réduit de moitié par rapport au budget et atteignant 59,3 millions de francs. Cet aspect conduit d'ailleurs au non-respect de l'un des trois critères du frein à l'endettement. Les élus ont ainsi appelé le Conseil d'Etat à augmenter la cadence pour les années à venir, au risque de pénaliser les générations futures. Le ministre des finances Laurent Kurth a toutefois rappelé que les investissements avaient dépassé 50 millions de francs à chaque exercice ces trois dernières années. « C'est insuffisant, mais c'est inédit en plus de 10 ans », a précisé Laurent Kurth.
Politique de l'écureuil saluée par les uns, décriée par les autres
Le groupe PS, par la voix de Romain Dubois, a dénoncé le grand écart entre les prévisions budgétaires et les comptes finaux. A ses yeux, la population souffre de l'inflation et de la hausse des coûts de l'énergie pendant que l'Etat « mène une politique de l'écureuil ». Pour Romain Dubois, il n'est pas « question que la population s'appauvrisse et que l'Etat s'enrichisse ». Patrick Erard, du groupe VertPOP, a lui aussi évoqué « une prudence exagérée ». La vision est toute autre au sein du groupe UDC. Son porte-parole Damien Schär appelle l'Etat à garder la maîtrise de ses finances et à ne surtout pas délier davantage les cordons de la bourse. Il a par ailleurs salué la réduction de la dette de plus de 85 millions de francs.
Perspectives plus sombres pour 2023
L'avenir s'annonce en revanche plus sombre, selon le Conseil d'Etat. Le budget 2023 fait état d'un déficit d'une dizaine de millions de francs et une détérioration évaluée à ce stade à 60 millions de francs se profile à l'horizon. /sbe













