Le Canton a présenté lundi matin une série d’actions visant à intensifier la prévention et la détection. La Police neuchâteloise bénéficiera aussi d’effectifs supplémentaires dans ce domaine.
Les violences domestiques restent une « préoccupation majeure » pour l’État de Neuchâtel. Le Canton a présenté lundi une palette de mesures visant à renforcer la lutte contre ce phénomène social. L’accent sera mis sur la prévention et sur la détection des situations de violences domestiques.
L’an passé, la Police neuchâteloise a enregistré 700 infractions liées à cette problématique, contre 501 en 2023, soit une augmentation d’environ 40%. La conseillère d’État en charge de la cohésion sociale Florence Nater a fait état d’indicateurs en hausse, mais qui peuvent aussi s’expliquer par « une libération de la parole des victimes ». Le Service d’aide aux victimes (SAVI) observe également une augmentation des prises en charge (875 en 2024 contre 852 en 2023). Le Centre neuchâtelois de médecine des violences, ouvert l’an passé, livrera quant à lui ses premières statistiques l’an prochain.
Face à ce constat, le Canton de Neuchâtel planche actuellement sur un plan d’action pour les années 2026 à 2029, dans la continuité de celui qui avait été mis en place en 2022.
Des effectifs renforcés au sein de la Police neuchâteloise
Certaines mesures entreront en vigueur dès l’année prochaine. Du côté de la Police neuchâteloise, la Brigade de gestion des menaces et prévention de la violence verra ses effectifs doubler à 7,6 EPT contre 3,8 EPT actuellement. Pour le commandant de la Police neuchâteloise Sami Hafsi, cette augmentation « permettra d’avoir un effet sur le nombre de personnes suivies en temps réel, sur le nombre de victimes protégées de manière active et puis également d’augmenter la durée de ce suivi. »
La Brigade de gestion des menaces et prévention de la violence assure actuellement le suivi de 178 situations sur 600 annoncées depuis 2016, selon Sami Hafsi.
Sami Hafsi : « Un des enjeux, c’est d’être capable de s’apercevoir quand une situation se dégrade. »
Des réflexions sont aussi en cours à l’échelle romande pour le déploiement de bracelets électroniques « l’année prochaine, voire au plus tard en 2027 », selon la conseillère d’État en charge de la sécurité Céline Vara. L’objectif est d’assurer une surveillance active d’un auteur de violences domestiques, soit une surveillance en temps réel de ses déplacements.
Céline Vara : avoir « quelqu’un derrière son écran qui peut en temps réel suivre la position de l’auteur, respectivement de la victime. »
Dès l’année prochaine, le Canton de Neuchâtel entend également renforcer la prévention et la détection des violences domestiques. Il inscrira son action dans le cadre de la campagne nationale de prévention contre la violence domestique, sexuelle et de genre, lancée le 11 novembre dernier. Un numéro de téléphone unique pour toute la Suisse, le 142, sera mis en service « au mois de mai », a précisé Florence Nater. Il doit permettre aux victimes de trouver un appui et des conseils sur les entités vers qui se tourner.
Florence Nater : « La mise en place du 142 se fait de manière coordonnée au niveau de la Suisse romande. »
L’Office de la politique familiale et de l’égalité (OPFE) aura de son côté pour objectif de renforcer la communication sur la thématique des violences domestiques auprès de toutes les couches de la population. Les professionnels seront aussi ciblés pour améliorer la détection des situations problématiques, à l’image de ce qui s’est fait auprès du personnel de pharmacie dans le cadre du plan cantonal 2022-2025.
L’accent sera aussi mis sur les élèves du secondaire II par le biais d’un jeu, intitulé « ALTernatives – pour une relation sans violence » et d’une exposition nommée « Plus fort que la violence » qui fera halte prochainement dans les Communes de Val-de-Ruz et de Val-de-Travers. Pour la co-cheffe de l’OPFE Laurence Boegli, toucher les jeunes permet de « lutter contre les prémisses de violence ».
Laurence Boegli : « Lutter contre les comportements qui peuvent aboutir à de la violence. »
Diverses révisions de lois se profilent aussi pour renforcer le dispositif. Si ces éléments passent la rampe, la Police pourra à l’avenir contraindre un auteur de violences à être suivi par le SAVC, le Service pour auteurs de violence conjugale. Actuellement, son consentement est nécessaire. La victime pourrait aussi bénéficier d’un délai de réflexion avant de décider de porter plainte ou non. « Aujourd’hui, si elle renonce, ce renoncement immédiat est malheureusement irrévocable », explique Céline Vara.
Par ces divers éléments, le Canton de Neuchâtel veut consolider ce qui a déjà été mis sur pied ces dernières années et éviter des drames tels que ceux survenus jusqu’à présent. En août, un homme avait tué sa femme et ses deux filles à Corcelles. En octobre 2024, un père de famille avait tué son épouse et sa fille, avant de mettre fin à ses jours à La Chaux-de-Fonds. En juin 2023, une retraitée était décédée de ses blessures après une violente dispute avec son mari à La Coudre. /sbm










