Le personnel des châteaux-musées neuchâtelois s’épuise faute de financement

Le projet de gouvernance commune des châteaux de Valangin, Boudry et Colombier a du plomb dans ...
Le personnel des châteaux-musées neuchâtelois s’épuise faute de financement

Le projet de gouvernance commune des châteaux de Valangin, Boudry et Colombier a du plomb dans l’aile. Le montant proposé par le Canton est jugé insuffisant. Le Conseil d’Etat se défend

Le Musée de la vigne et du vin est installé depuis plusieurs décennies au Château de Boudry. Le Musée de la vigne et du vin est installé depuis plusieurs décennies au Château de Boudry.

Le projet de gestion commune des châteaux-musées de Valangin, Boudry et Colombier se heurte à un nouvel écueil. Après plusieurs rapports et années d’étude, la proposition de financement mise sur la table par le Canton de Neuchâtel déçoit les associations impliquées dans la gestion de ces différents lieux. L’État est propriétaire des châteaux. Une menace de fermeture du Musée de la vigne et du vin à Boudry plane même sur les discussions.


Le personnel des châteaux est épuisé

Colère, épuisement et dépit : voilà ce que ressentent les personnes qui portent l’activité muséale des châteaux de Valangin et de Boudry, celui de Colombier étant fermé au public depuis 2014.

La Société du Musée de la vigne et du vin à Boudry est à bout de souffle. Cela fait six ans que le conservateur alerte le Canton en disant qu’il souhaite prendre sa retraite après 42 ans passés à la tête des lieux. Sans successeur à l’horizon, il n’entend toutefois pas délaisser les près de 40'000 objets qui composent les collections. La Société du musée a expliqué à ses membres, dans un courrier que nous avons obtenu, qu’elle n’avait pas les moyens de financer un tel poste à un salaire décent. Une décision sera prise en cette fin d’année, alors que le Musée de la vigne et du vin vient d’inaugurer une nouvelle exposition à voir jusqu’au 24 décembre, intitulée Les esprits de l’apéro.

Il se peut que les collections partent vers d’autres cantons, par exemple. Patrice Allanfranchini, conservateur du Musée de la vigne et du vin au Château de Boudry, est prêt à vider les lieux s’il le faut et à laisser à l’État un château vide.

Patrice Allanfranchini, conservateur du Musée de la vigne et du vin au Château de Boudry. Patrice Allanfranchini, conservateur du Musée de la vigne et du vin au Château de Boudry.

Deux visions financières s’affrontent

Des divergences sur le financement de cette gouvernance commune des trois châteaux sont au cœur du problème. Le Canton, propriétaire des bâtisses, a mis sur la table 100'000 francs pour soutenir l’activité muséale dès 2024. Il attend des trois Communes concernées, à savoir Neuchâtel, Boudry et Milvignes, qu’elles en fassent autant pour atteindre 400'000 francs de budget annuel. À ce stade, aucune ne souhaite débloquer les 100'000 francs demandés.

Cependant, les acteurs du terrain, chargés par le Canton de chiffrer le projet, sont arrivés à deux reprises aux mêmes conclusions : pour créer une structure professionnelle et pérenne minimaliste qui gère les activités muséales des châteaux, il faut compter entre 800'000 et un million de francs par an afin de financer environ huit postes à plein temps.

Actuellement, 2,5 EPT gèrent les près de 100'000 objets des trois collections et accueillent 30'000 visiteurs par an ; une tâche qui repose sur une très grande part de bénévolat non comptabilisée dans les dotations officielles.

À titre de comparaison, le budget annuel du Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds est d’un million de francs. Plusieurs musées de la Ville de Neuchâtel tournent quant à eux avec un budget d’environ 2 millions de francs et des effectifs plus étoffés, selon les acteurs concernés.


La vie des musées repose sur une grande part de bénévolat

La conservatrice du Château de Valangin, Camille Jéquier, est engagée à 50% mais s’active dans les faits à 90%, ce qui revient à « travailler gratuitement entre août et décembre », chaque année, explique-t-elle. Dans ce contexte, le montant proposé par le Canton la désole. Les auteurs du rapport attirent également l’attention du Conseil d’État sur le fait qu’il sera très difficile de trouver des successeurs qui accepteront de travailler dans ces conditions.

Le personnel du Château de Valangin travaille en grande partie bénévolement pour maintenir l'activité muséale. Le personnel du Château de Valangin travaille en grande partie bénévolement pour maintenir l'activité muséale.

Les musées sont du ressort communal pour le Canton

Face à l’épuisement du personnel et face à la menace de voir disparaître le musée de Boudry, le Canton répond que cela ne dépend pas de lui. Le conseiller d’État en charge de la culture, Alain Ribaux, précise que l'entretien des châteaux est bel est bien à charge du Canton qui est propriétaire des lieux, mais que les musées sont du ressort des Communes. Le soutien doit venir de là pour Alain Ribaux, qui ajoute qu'il n'est pas possible de faire une exception. Seul le Laténium est de compétence cantonale « parce que l’archéologie est cantonale », précise-t-il. Pour Alain Ribaux, le Canton s’engage malgré tout dans la recherche d’une solution.

L’entretien des châteaux est assuré par l’État de Neuchâtel à hauteur de plusieurs centaines de milliers de francs par an. Canton et Communes prévoient désormais de relancer les discussions sous l’angle de la valeur touristique de ces châteaux.

De son côté, André Duvillard, président de l’Association des Amis du Château de Colombier, est convaincu qu’une gouvernance unique est la meilleure solution. Il espère qu’une issue puisse être trouvée de manière urgente afin d’éviter que les collaborateurs de Valangin et de Boudry ne s’épuisent, d’autant plus qu’il n’y a pas de plan B, selon lui. Il espère par ailleurs que le Château de Colombier reprenne vie par le biais d’événements organisés dans la cour par exemple ou par la mise en valeur des 2'000 ans d’histoire continue qu’affiche le site.


Le Groupement des musées neuchâtelois reste attentif à l’évolution de la situation

La situation est aussi suivie de près par le Groupement des musées neuchâtelois. Son président Francesco Garufo espère que « ces lieux d’importance historique et connus loin à la ronde continueront de fonctionner avec les moyens dont ils ont besoin, avec une véritable offre muséale » jusque-là assurée par une « énorme part de bénévolat ». Il espère que les gens qui font vivre ces institutions soient à l’avenir « payés pour le travail qu’ils accomplissent ». La balle est désormais dans le camp politique. /sbm


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