Culture : soupçons de conflits d’intérêts dans une commission cantonale

Plusieurs acteurs du monde culturel neuchâtelois critiquent la politique de subventions du ...
Culture : soupçons de conflits d’intérêts dans une commission cantonale

Plusieurs acteurs du monde culturel neuchâtelois critiquent la politique de subventions du canton de Neuchâtel. Ils dénoncent des conflits d’intérêts au sein d’une commission

Chaque année, entre 60'000 et 80'000 francs sont attribués aux créations d'envergure régionale dans le secteur des arts de la scène. (Photo d'illustration) Chaque année, entre 60'000 et 80'000 francs sont attribués aux créations d'envergure régionale dans le secteur des arts de la scène. (Photo d'illustration)

« Il y a dans cette commission trop de membres qui sont juges et partie ». Voilà ce qu’on entend se murmurer dans les coulisses de plusieurs compagnies et théâtres de la région. De nombreux acteurs du monde du spectacle dénoncent des conflits d’intérêts au sein du groupe de personnes chargées de répartir l’argent du canton de Neuchâtel destiné aux compagnies de théâtre et de danse.

Il faut savoir que chaque année, le Canton de Neuchâtel a entre ses mains une enveloppe de 60'000 à 80'000 francs, destinée aux compagnies de danse et de théâtre. Il doit notamment décider quelles créations d’envergure régionale il souhaite soutenir. C’est une commission, nommée en 2017 pour une période de 5 ans, qui est chargée de répartir l’argent.


Trois directeurs de théâtres régionaux dans la commission

À l’heure actuelle, six personnes siègent au sein de cette commission. Il s’agit de la cheffe du service de la culture Marie-Thérèse Bonadonna, une enseignante et une journaliste actives dans la région, mais aussi trois directeurs de théâtres : Ophée del Coso du Casino La Grange au Locle, Yvan Cuche du théâtre de l’ABC à la Chaux-de-Fonds et Roberto Betti qui était directeur du théâtre du Pommier à Neuchâtel jusqu’à fin 2020. C’est précisément ces trois derniers noms qui font grincer des dents. Beaucoup d’acteurs culturels les soupçonnent de profiter de cette position pour privilégier leurs propres théâtres.

Selon les chiffres disponibles sur le site internet du Canton, en 2017, 74% de la somme à disposition est revenue à des spectacles coproduits ou programmés à l’ABC ou au théâtre du Pommier. En 2018, le phénomène est moins significatif : seul 40% de l’argent est revenu à des spectacles en lien avec ces deux théâtres. Mais en 2019 rebelotte avec 62%. Plusieurs sources nous ont confié être révoltées par cette situation qu’elles estiment injuste. Elles ne souhaitent pas s’exprimer publiquement, par crainte de mettre en péril leurs futures demandes de subventions. Contacté par la rédaction, le directeur de la Plage des Six Pompes, Manu Moser, à toutefois accepté de réagir au micro de RTN.

Manu Moser, directeur de La plage des Six Pompes

Des critères « trop flous »

Autre point d’achoppement dans la distribution de ces subventions : les critères à remplir pour avoir une chance d’en obtenir. Beaucoup d’acteurs culturels se plaignent de leur caractère trop flou et expliquent ne pas comprendre les attentes du canton. Celui-ci demande par exemple « un certain degré de reconnaissance par les paires du domaine ». Or plusieurs de nos sources, qui sont très actives et implantées depuis de nombreuses années dans la région, se sont vus refuser des demandes de subvention. C’est donc tout le système qui doit être remis en question, estime Matthieu Béguelin, metteur en scène et secrétaire de la Fédération neuchâteloise des acteurs et actrices culturels :

Matthieu Béguelin, secrétaire de la Fédération neuchâteloise des actrices et acteurs culturels (FNAAC)

« Une commission compétente » pour le Conseil d’Etat

Contactés, les directeurs de l’ABC et du Pommier expliquent ne pas ressentir de conflit d’intérêts. L’un des deux assure qu’il se récuse lorsque les dossiers concernent son théâtre. L’autre indique qu’il participe aux discussions mais se récuse lors du vote. La cheffe du service de la culture Marie-Thérèse Bonadonna souligne quant à elle que les deux théâtres concernés savent construire des dossiers de qualité, raison pour laquelle leurs projets sont régulièrement soutenus. Le conseiller d’Etat en charge de la culture Alain Ribaux défend la composition de cette commission.

Alain Ribaux, conseiller d'Etat en charge de la culture

La commission des arts de la scène d’envergure régionale est renouvelée tous les cinq ans. Une nouvelle doit être nommée au début de l’année 2022. A voir si le canton misera ou non sur les mêmes noms. /ara


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