Retirer de l'argent sans frais dans n'importe quel distributeur en Suisse s'apparente de plus en plus à un casse-tête. A partir de mardi, les clients d'UBS devront s'acquitter des coûts qu'engendrent ces opérations, ne serait-ce que partiellement. Credit Suisse et la Banque cantonale de Fribourg figurent parmi les rares proposant encore la gratuité.
Le numéro un bancaire helvétique introduit le 1er juin des nouveaux « modules » pour les particuliers, selon les informations disponibles sur le site internet d'UBS. Le premier, coûtant 2 francs par mois, permet deux retraits mensuels dans des distributeurs exploités par d'autres banques en Suisse. Chaque opération supplémentaire est facturée 2 francs. UBS offre encore les deux premiers retraits « tiers » en Suisse aux jeunes et étudiants.
L'autre paquet, baptisé « international », offre moyennant un prix de 5 francs par mois quatre retraits mensuels auprès de tiers en Suisse et deux à l'étranger. Au-delà, le tarif est le même, soit 2 francs par opération en Suisse (et 5 francs à l'étranger).
Il existe une troisième alternative, gratuite mais encore plus contraignante: ne souscrire à aucune de ces solutions et s'en tenir aux bancomats d'UBS, faute de quoi chaque passage auprès de la concurrence fait l'objet d'une ponction suivant les barèmes susmentionnés.
Selon UBS, certains clients se plaignaient de ne pas disposer de frais bancaires à la carte, ceux-ci étant jusqu'ici ficelés dans un paquet global. Ce changement ne constitue pas une nouvelle taxe déguisée, assure la grande banque. « Au contraire, les clients qui choisissent de ne retirer qu'auprès de nos distributeurs vont économiser deux francs par mois », affirme à AWP le porte-parole Jean-Raphaël Fontannaz.
Ce dernier réfute d'ailleurs la notion de gratuité pour les retraits. « Cela n'existe pas. Jusqu'ici, UBS offrait à ses clients les frais que les autres banques lui facturaient pour ces opérations. Dans le contexte actuel, cette position n'est plus tenable. » Le contexte, c'est principalement l'érosion de la marge d'intérêts induite par les taux négatifs.
Pour la Fédération romande des consommateurs (FRC), ces « frais sont disproportionnés ». « Je suis persuadé que UBS dispose des ressources nécessaires pour maintenir ses marges et verser ses dividendes sans trop impacter les jeunes consommateurs. Surtout qu'UBS a annoncé un bénéfice record en 2020 », souligne Jean Busché, responsable politique économique auprès de la FRC.
« Payer en cash est un droit »
UBS dispose d'un réseau de plus de 700 distributeurs en Suisse, sans compter les multimats. La suppression de bancomats chez UBS est liée au changement des besoins et des attentes des clients. Elle est dès lors souvent la conséquence d'une baisse de fréquentation, note Jean-Raphaël Fontannaz.
En novembre dernier, le groupe financier SIX, qui fournit la plateforme et le logiciel des bancomats du pays, constatait une accélération des paiements électroniques, tandis que l'argent liquide était de plus en plus boudé. La baisse des retraits en espèces était estimée entre 20% et 25% sur un an pour 2020, selon les indications fournies alors.
La Banque nationale suisse (BNS) faisait un constat similaire à celui de SIX un mois plus tard. La tendance baissière existait déjà avant le coronarivus et a été renforcée par l'éclatement de la pandémie. « Payer en cash est un droit », rappelle Jean Busché, de la FRC. Les consommateurs doivent disposer d'une certaine autonomie et ne pas être pénalisés s'ils choisissent l'argent liquide, selon lui.
Chez UBS, on souligne que les clients préfèrent en général les guichets automatiques frappés du logo aux trois clés. « En moyenne, la toute grande majorité de nos clients n'effectuent pas plus de deux retraits par mois dans des distributeurs tiers », explique M. Fontannaz.
Pour les personnes désireuses de retirer du liquide où bon leur semble, le choix est retreint. L'autre grande banque Credit Suisse offre encore la gratuité sur tout le territoire helvétique, à condition de ne pas souscrire à la nouvelle offre numérique CSX. Côté romand, la Banque cantonale de Fribourg est le seul établissement d'ampleur à faire de même.
Les autres banques de détail d'importance, soit Raiffeisen, Postfinance, le reste des banques cantonales romandes et celle de Zurich ainsi que le groupe Valiant, Banque Migros et Banque Cler, répercutent systématiquement tout ou une partie des frais. Chaque banque cantonale bénéficie cependant d'un maillage très étendu, l'utilisation gratuite des bancomats étant garantie auprès des 23 autres établissements. Raiffeisen propose 12 retraits « tiers » gratuits par an à ses sociétaires. /ats-vre









