Jeunes adultes plombés par les dettes

Tout juste entrés dans l’âge adulte et déjà confrontés aux dettes. Depuis quelques mois, Caritas ...
Jeunes adultes plombés par les dettes

Les jeunes héritent de factures impayées par leurs parents à leur majorité

Isabelle Baume, CSP, Désendettement, Primes, assurances maladie, jeunes, dettes Isabelle Baume, assistante sociale au Centre social protestant de Neuchâtel.

Tout juste entrés dans l’âge adulte et déjà confrontés aux dettes. Depuis quelques mois, Caritas Neuchâtel et le Centre social protestant de Neuchâtel observent l’apparition de jeunes qui, arrivés à leur maturité, découvrent qu’ils ont des arriérés en matière de primes d’assurance maladie. Isabelle Baume, assistante sociale au CSP, fait état de cinq cas connus de ce type dans le canton depuis l’automne et estime que le phénomène est en augmentation.

Hélène Dederix Silberstein, Caritas Neuchâtel, travailleur social, endettement, dettes Hélène Dederix Silberstein, collaboratrice sociale au sein de Caritas Neuchâtel.

Il apparaît que les parents de ces jeunes adultes n’ont pas payé les primes de leurs enfants pour toutes sortes de motifs : un divorce, la perte d’un travail, une maladie ou même la naissance d’un autre enfant peut précariser le budget d’un ménage et le plonger dans la spirale des dettes.

Une dette qui retombe sur les épaules du jeune adulte

Les parents doivent toutefois être conscients que les arriérés de primes d’assurance maladie au nom de l’enfant se reportent sur lui lorsqu’il arrive à l’âge adulte. C’est donc à lui de rembourser la dette. Le seul moyen est de se retourner en justice contre ses parents pour tenter de se délester de ce poids, une démarche difficile à entreprendre, selon Isabelle Baume.

Une jeune fille aujourd’hui âgée de 27 ans et que l’on appellera Léa en témoigne. En conflit avec sa mère, divorcée, elle quitte le domicile familial à 18 ans lorsqu’elle est en apprentissage ; un apprentissage qu’elle perd quelque temps après, ce qui la force à retourner auprès de sa mère. Le témoignage de Léa :

Léa a finalement décidé d’affronter la situation et de chercher de l’aide :

Le témoignage de Léa illustre le calvaire par lequel passent les personnes endettées. Bien souvent, celles-ci attendent plusieurs années avant d’oser demander du soutien. Il y a ce sentiment de honte, cette impression d’être seul dans cette situation et d’en être responsable. Les personnes endettées passent ensuite souvent pas une étape où elles n’osent plus affronter leur boîte aux lettres. Elles laissent ainsi le courrier s’entasser et renoncent à toute tâche administrative. Selon Isabelle Baume, les personnes attendent souvent longtemps avant d’oser venir frapper à la porte du CSP ou de Caritas, les deux organisations caritatives ayant un service d’aide au désendettement. Lorsqu’elles arrivent, la première mission est de faire de l’ordre dans le courrier, d’évaluer la situation dans laquelle se trouve la personne et de fixer des priorités dans les remboursements, explique Isabelle Baume. Les primes d'assurance maladie en font partie.

Si la personne endettée est aux poursuites, les organisations caritatives peuvent l’aider à établir un revenu minimum vital sur lequel l’Office des poursuites ne peut pas effectuer de saisie. La personne endettée a notamment le droit de garder des ressources pour payer son loyer, ses primes d’assurance maladie, son entretien courant, certains frais professionnels et de santé, ainsi que d’éventuelles pensions alimentaires. Les impôts ne sont toutefois pas compris dans ce minimum vital. La personne aux poursuites rembourse donc progressivement ses créanciers, mais bien souvent crée de nouvelles dettes fiscales cette fois.

Les jeunes doivent être tout particulièrement attentifs lors de leurs premiers revenus en étant au clair sur leurs arriérés, ajoute Isabelle Baume. C’est souvent à ce moment-là que l’Office des poursuites peut intervenir pour des saisies de salaire, et le fait d’avoir des dettes ne facilite pas l’entrée dans l’âge adulte. Il devient plus difficile de trouver un appartement lorsqu’on est aux poursuites ou même d’obtenir du travail. L’important est donc d’affronter le plus rapidement possible la situation avant qu’elle ne dégénère.

Pour dépasser la honte et la solitude qui peuvent naître d’une telle situation, le CSP a mis sur pied des accueils collectifs depuis 2008 où plusieurs personnes endettées sont invitées à échanger autour de leurs problèmes. Une manière de réaliser qu’elles ne sont pas seules dans la panade. L’émission Temps présent indiquait il y a un peu plus d’une semaine que 570'000 personnes sont touchées par le surendettement en Suisse. /sbe


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