Légendes neuchâteloises (1/4) : le lac du Loclat

Un poisson monstrueux, une promesse de chance et un petit lac neuchâtelois… La légende du Lac ...
Légendes neuchâteloises (1/4) : le lac du Loclat

Un poisson monstrueux, une promesse de chance et un petit lac neuchâtelois… La légende du Lac du Loclat a de quoi intriguer. RTN vous emmène cette semaine à la découverte de cette histoire, entre transmission et évolution de notre société.

Des poissons monstrueux et légendaires vivraient au fond du Loclat (Dessin : Dilana Tassin) Des poissons monstrueux et légendaires vivraient au fond du Loclat (Dessin : Dilana Tassin)

Il était une fois… Le Lac du Loclat

Il y a, du côté de Saint-Blaise, un petit lac qui s’appelle le Loclat. Son nom, qui signifie « petit lac » en patois, est associé à de nombreuses légendes. On raconte notamment qu’il fertilise les terres et déstabilise les barrières. Certains affirment même qu’il ne s’agirait pas d’un étang mais plutôt d’un gouffre. Tout au fond vivraient des poissons monstrueux, dont certains seraient âgés de plusieurs siècles. Au Moyen-Âge, les moines de l’abbaye de Fontaine-André en avaient fait leurs réserves de pêche. Un sentier reliait alors leur Vallon, sur les hauteurs de Neuchâtel, au Loclat… C’est ainsi que la conteuse Ariane Racine nous plonge dans l’histoire du Lac du Loclat.

Les légendes évoluent avec le temps. Celle du Loclat, petit lac situé à Saint-Blaise, dans le canton de Neuchâtel, ne fait pas exception. RTN vous invite cette semaine à découvrir ce mythe empreint d’histoire. Selon une version actuelle du conte, un poisson monstrueux vivrait dans ses profondeurs. Pourtant, quiconque croiserait son regard serait promis à la chance et à la réussite.

Pour Olivier Silberstein, chercheur en histoire médiévale et moderne à l’Université de Neuchâtel, il est important de comprendre que les légendes se construisent à l’aide d’un système de référence qui évolue avec le temps. « C’est compliqué de comprendre une histoire du 8e siècle parce qu’on n’a pas la « réf » », explique le chargé de cours.

Le récit peut ainsi conserver un même fond tout en prenant une autre forme. « On essaie de parler de la même chose, mais toujours d’un point de vue différent », résume-t-il. Et d’ajouter que la solidarité, par exemple, ne se raconte pas de la même manière selon les époques.

« On ne s’adresse plus au même public », précise le chercheur. Pour continuer à être comprise et transmise, une légende doit donc s’adapter à celles et ceux qui l’écoutent.

Olivier Silberstein : « C’est ce qui est fascinant dans l’histoire. »

Olivier Silberstein, chercheur en histoire médiévale et moderne à l’Université de Neuchâtel, nous explique que les légendes évoluent avec le temps. Olivier Silberstein, chercheur en histoire médiévale et moderne à l’Université de Neuchâtel, nous explique que les légendes évoluent avec le temps.

Une histoire de mémoire

Cette modification des légendes s’explique aussi grâce à l’évolution de notre rapport à l’information. Au Moyen Âge, les récits reposaient davantage sur la transmission orale et la mémorisation. « Les médiévaux avaient des capacités de mémoire qui étaient beaucoup plus grandes que celles d’aujourd’hui », expose Olivier Silberstein.

Il précise qu’aujourd’hui, les outils numériques ont changé notre manière de retenir les informations. Une différence qui modifie aussi notre rapport au savoir. « On n’est plus obligés de mémoriser l’information mais on doit pouvoir la rechercher », affirme le spécialiste.

« Nous, on a tout un tas de facilités. »

Des origines floues

« Les gens amènent leur contribution aux histoires », souligne Ariane Racine, conteuse dans la région de Neuchâtel. Et d’ajouter en souriant : « Quelqu’un, en écoutant cette histoire, m’a dit que c’était comme le monstre du Loch Ness. »

Si les légendes se transmettent à travers les personnes qui les racontent, elles doivent néanmoins avoir un fondement selon Olivier Silberstein. « La légende ne peut pas être l’initiative de quelqu’un. On a beaucoup de peine à dire comment elle se crée parce qu’on n’a pas de sources », raconte-t-il.

« Ce n’est pas parce qu’on raconte une histoire que celle-là va être reprise. »

Entre l’évolution de nos références et notre nouveau rapport à l’information, les légendes se transforment au fil des époques. N’hésitez donc pas à raconter celle du Lac du Loclat autour de vous. Car sans transmission, cette histoire pourrait peu à peu tomber dans l’oubli… /jta

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