Légendes neuchâteloises (4/4) : le fantôme rouge du Val-de-Travers

Le Val-de-Travers regorge de trésors horlogers, mais moins connues sont les légendes qui leur ...
Légendes neuchâteloises (4/4) : le fantôme rouge du Val-de-Travers

Le Val-de-Travers regorge de trésors horlogers, mais moins connues sont les légendes qui leur sont liées. Parmi elles, celle du fantôme rouge du Val-de-Travers. Cette semaine, RTN vous emmène à la découverte de cette histoire.

L’esprit de Linglan hanterai le Val-de-Travers. (Dessin : Dilana Tassin) L’esprit de Linglan hanterai le Val-de-Travers. (Dessin : Dilana Tassin)

Il était une fois… Les montres jumelles et le fantôme rouge

Tic-tac, tic-tac, les montres jumelles. Tic-tac, tic-tac, elles battent comme deux cœurs. C’est au Val-de-Travers à Môtiers que vous aurez le plus de chance de croiser le fantôme rouge. Protecteur des amoureux, celui-ci est avant tout l’avatar d’une histoire d’horloges. C’est ainsi que la conteuse Ariane Racine nous plonge dans la légende du fantôme rouge du Val-de-Travers. 

Les légendes s’inspirent des lieux qu’elles habitent. Cette semaine, RTN vous emmène à la découverte de la légende du Fantôme rouge du Val-de-Travers. Celle-ci raconte l’histoire d’Edouard Bovet, un horloger suisse du 19ème siècle. Parti en Chine pour exporter son savoir-faire, ce dernier s’est adapté au marché chinois en proposant un modèle de montres jumelles. Son voyage a profondément marqué la famille Bovet, au point de devenir les Bovet de Chine.

L’horloger serait revenu à Fleurier en 1848 accompagné de sa femme Linglan, rencontrée en Chine. Pour rendre hommage à son épouse oubliée de l’histoire, l’artiste Catherine Gfeller a construit une statue à son effigie. « La Gardienne du Temps » a été exposée dans le cadre des Arts Môtiers en plein air en 2021. Une fois placée sous la cascade du village, l’esprit de la femme se serait réveillé. On dit qu’aujourd’hui son fantôme, vêtu de rouge, hanterait la région. C’est en tout cas, ce que raconte la conteuse neuchâteloise Ariane Racine.

« La particularité des montres fabriquées pour le marché chinois, c’est qu’on a souvent une montre et sa jumelle en miroir », explique Nathalie Marielloni. La conservatrice du Musée international d’horlogerie souligne qu’en Chine, les cadeaux sont traditionnellement offerts par paire, notamment pour symboliser la bonne fortune et l’équilibre du yin et du yang.

« C’est aussi une question de praticité commerciale. Lorsqu’un horloger envoie une paire de montres en Chine, il est content que, si l’une des deux ne fonctionne pas, le client puisse garder l’autre auprès de lui », ajoute l’experte. Produites dès la fin du 18e siècle et tout au long du 19e siècle, ces montres témoignent ainsi de l’adaptation de l’horlogerie suisse aux spécificités du marché chinois.

Nathalie Marielloni : « Les ornements sont très caractéristiques. »

Nathalie Marielloni, conservatrice au Musée international d'horlogerie, explique que l’horloger Edouard Bovet s'est adapté aux spécificités du marché chinois.  Nathalie Marielloni, conservatrice au Musée international d'horlogerie, explique que l’horloger Edouard Bovet s'est adapté aux spécificités du marché chinois. 

Un marché convoité

L’exportation des montres suisses en Chine ne concerne pas uniquement la famille Bovet. D’autres horlogers du Val-de-Travers comme Vaucher ou Jaquet Droz font également le voyage au 19e siècle pour y vendre leurs produits.

L’essor de ce commerce repose également sur les compétences des artisans helvétiques. « On a un savoir-faire dans le traitement des miniatures sur émail à Genève au 19ème siècle par l’intermédiaire de la fabrique genevoise », précise Nathalie Marielloni.

« C’est un quartier d’artisans. »

« C’est un processus dans la lenteur. »

Ariane Racine, conteuse à Neuchâtel, a mené de nombreuses recherches avant de donner vie à la légende du Fantôme rouge du Val-de-Travers. À partir de rencontres, de lectures et d’un peu d’imagination, elle a construit son récit. « Les histoires racontées par une conteuse ou un conteur lui ressemblent », explique-t-elle. Avant d’ajouter : « C’est seulement quand on est allumé par quelque chose qu’on va pouvoir allumer des flammes dans les yeux et des vibrations dans les oreilles des gens qui écoutent. »

Ariane Racine : « Le conte a besoin d’infuser. »

Si les légendes animent les soirées au coin du feu, elles permettent aussi de faire vivre le patrimoine de nos régions. Celle du Fantôme rouge du Val-de-Travers nous rappelle l’importance de la famille Bovet au sein du marché chinois. Ces derniers sont les premiers à avoir inscrit leur nom en chinois sur les cadrans de leurs montres. La maison Bovet a connu un tel succès en Chine que son nom, translittéré « Bowei », a même fini par devenir synonyme de montre de qualité. /jta

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