Femme-serpent, la vouivre de Saint-Sulpice hante le Val-de-Travers depuis toujours. Mais derrière cette créature se cache un récit complexe, façonné par l’évolution de la langue et ceux qui le racontent. RTN vous emmène cette semaine à la découverte de cette histoire.
Il était une fois… La vouivre de Saint-Sulpice
Surnommée la femme-serpent, la vouivre de Saint-Sulpice aurait parcouru les vallées sous la forme d’un serpent ailé. Lorsqu’elle repérait une eau tranquille, elle s’y posait avant de prendre forme humaine. À première vue, elle pouvait sembler froide, mais ses gestes et sa voix ne laissaient pas ses prétendants indifférents. On raconte même que certains hommes auraient obtenu l’amour de la vouivre. Une union qui pouvait leur être fatale… Car, une fois lassée, la créature tuait ses amants... C’est ainsi que la conteuse Ariane Racine nous plonge dans le mythe de la Vouivre de Saint-Sulpice.
Comme de nombreuses légendes du canton de Neuchâtel, celle de la vouivre s’est longtemps transmise au coin du feu. Cette semaine, RTN vous propose de découvrir ce récit, issu du Val-de-Travers. Ce dernier raconte l’histoire d’un jeune homme qui serait devenu l’amant de la créature, avant qu’elle lui révèle le secret de son venin. Cette histoire, transmise oralement de génération en génération, n’a cessé d’évoluer au fil du temps, notamment avec le déclin progressif du patois à Neuchâtel.
Aurélie Reusser-Elzingre, chargée d’enseignement à l’Institut de langues et civilisations françaises de l’Université de Neuchâtel, rappelle qu’à partir du XVIIe siècle, les langues parlées dans le canton étaient le français et le patois. « Les derniers patoisants ont disparu au tout début du XXe siècle », souligne-t-elle.
Les récits collectés témoignent de cette diversité linguistique. « Dans ce qu’on a retrouvé, il y a des histoires en patois, mais il y en a aussi beaucoup avec du français régional », explique la spécialiste. Et de préciser qu’une légende ne reste jamais figée. Son évolution dépend notamment de l’époque à laquelle elle est recueillie, mais aussi de la personne qui la raconte : « Le conteur ou la conteuse va forcément apporter sa patte, sa langue, sa manière de voir les choses et son histoire. »
Aurélie Reusser-Elzingre : « Ça dépend de l’intention du conteur. »
Des récits adaptés à chaque âge
À l’époque, ces récits n’avaient pas tous la même vocation. Leur portée dépendait notamment du public auquel ils étaient destinés. Certains servaient à faire peur aux enfants. « Il y a typiquement l’Araude, une sorcière qui risque de manger les enfants s’ils désobéissent à leurs parents », raconte Aurélie Reusser-Elzingre. Pour les adolescents, le récit pouvait prendre une autre dimension et devenir un outil d’éducation, en montrant les comportements à adopter ou, au contraire, ceux à éviter.
« C’est plutôt une histoire à faire peur aux petits. »
A chacun sa vouivre
Aurélie Reusser-Elzingre précise qu’il n’existe pas vraiment de légendes propres à la région. On retrouve des motifs communs entre les récits répartis à travers l’Europe. Ainsi, l’Arc jurassien ou la France voisine possèdent eux aussi une vouivre. « Ce qui différencie les histoires neuchâteloises, c’est le fait qu’il y ait des noms de personnes qui ont vraiment existé ou qui sont donnés comme étant réels ainsi que les noms de lieux qui nous ancrent dans une certaine géographie », décrit l’experte.
Ariane Racine, conteuse dans la région, raconte qu’il existait effectivement un pharmacien Neuchâtelois qui avait le secret du venin. « La colline du Tertre autrefois, c’était la colline des sources dans la ville de Neuchâtel », rapporte-t-elle.
« Ces histoires ne sont pas spécifiques à Neuchâtel. »
Entre légende et réalité, la vouivre continue encore aujourd’hui de nourrir l’imaginaire neuchâtelois. Source de richesse pour certains, pure fantaisie pour d’autres, une chose est sûre. La créature n’a pas fini de faire parler d’elle... /jta
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