Le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds a condamné mardi un homme pour tentative de meurtre et tentative d’interruption de grossesse. En novembre 2024 au Locle, il avait poignardé son ancienne compagne à au moins six reprises, alors qu’elle était enceinte. La Cour a aussi prononcé son expulsion pour une durée de cinq ans.
Six ans et neuf mois de prison pour tentative de meurtre. Le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds a condamné mardi un homme qui avait poignardé son ancienne compagne et mère de ses quatre enfants à au moins six reprises, notamment dans le bas-ventre, alors qu’elle était enceinte. Il l’a aussi reconnu coupable de tentative d’interruption de grossesse et a prononcé une expulsion du territoire pour une durée de cinq ans. Les faits s’étaient déroulés en novembre 2024 au Locle dans un climat de violences conjugales récurent. Le Ministère public avait requis neuf ans de peine privative de liberté.
L’intention de tuer était là
La Cour estime que l’accusé a agi avec conscience et volonté. Les juges n’ont pas été convaincus par son absence de souvenirs au moment des faits : il savait ce qu’il faisait. Et si son intention n’était pas de donner la mort, il a pris le risque d’une issue fatale pour la victime. Le Tribunal relève également que l’homme était jaloux et énervé par la grossesse de son ancienne compagne. L’argument selon lequel il voulait uniquement lui faire du mal ne tient pas, selon les juges. Étant coutumier d’actes de violence envers la victime, s’il avait uniquement voulu lui faire du mal, il aurait agi comme il avait l’habitude de le faire, sans couteau.
L’accusé avait indiqué s’être armé pour pouvoir, s’il le croisait, se défendre face au nouveau compagnon de son ex. Un argument qui ne tient pas non plus, explique la Cour, puisqu’il a sorti son couteau alors que la victime était seule et qu’elle ne présentait aucun danger.
Lundi dans sa plaidoirie, Maitre Isabelle Nativo, avocate du condamné, avait soutenu que son client n’avait eu ni la conscience ni la volonté de tuer.
Isabelle Nativo :« Ce qui m’importe dans cette affaire, c’est l’aspect subjectif concernant la tentative de meurtre. »
Cette affaire s’inscrit, comme l’a rappelé lundi dans son réquisitoire la procureur Vanessa Guizzetti Piccirilli, « dans une actualité qu’on voudrait voir disparaitre », celle de la violence faite aux femmes. Une « violence réelle et qui a trop longtemps été banalisée. »
Vanessa Guizzetti Piccirilli : « C’est un problème de société important dont il faut parler aujourd’hui. »
Les juges ont, comme le Ministère public lundi, indiqué que la survie de la victime n’était due qu’au hasard, les coups n’ayant pas touché d’organes vitaux. Ils ont retenu la tentative d’interruption de grossesse parce que là aussi, l’homme savait qu’elle était enceinte. En lui portant des coups de couteau dans l’abdomen, il prenait le risque, en connaissance de cause, de toucher le fœtus.
Durant son incarcération, l’accusé devra aussi suivre un traitement pour soigner son trouble de la personnalité, idéalement doublé d’un suivi par le Service de violences conjugales.
Expulsion de cinq ans
À la vue des nombreux antécédents de la victime, notamment de violence envers son ancienne compagne, de la gravité des faits et du risque de récidive élevé, selon l’expertise psychiatrique, la Cour a décidé de prononcer le renvoi du prévenu à l’issue de sa peine. La défense avait demandé d’y renoncer. Lundi, dans sa plaidoirie, l’avocat de la victime, Maitre Jean-Marie Röthlisberger, soutenait les réquisitions du Ministère public concernant la peine, mais demandait de « trouver un équilibre entre les faits et la protection de la famille », en d’autres termes, sans le dire, renoncer au renvoi du prévenu pour que les enfants du couple ne grandissent pas sans leur père.
Jean-Marie Röthlisberger :« J’ai demandé au Tribunal d’examiner de manière minutieuse les intérêts de la société, de la famille présente devant lui et respectivement les enfants. »
L'expulsion du territoire devra être réexaminée à l'issue de la peine du condamné. L’homme, un Kurde de Turquie, étant au bénéfice d’un statut de réfugié, les autorités administratives devront, à sa sortie, s’assurer qu’il ne court aucun risque s'il retourne dans son pays d’origine.
Les parties ont dix jours pour faire appel. /sma









