Un homme a comparu lundi devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Il est accusé d’avoir asséné au moins six coups de couteau à la mère de ses quatre enfants en novembre 2024. Le prévenu est aussi poursuivi pour tentative d’interruption de grossesse. Le verdict sera rendu mardi.
Tentative de meurtre devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Un homme a comparu lundi matin pour avoir donné au moins six coups de couteau à la mère de ses enfants en novembre 2024 au Locle. Des coups portés notamment dans le bas-ventre et alors qu’elle était enceinte. Il est, de ce fait, aussi accusé de tentative d’interruption de grossesse. Le Ministère public a requis neuf ans de prison et une expulsion de cinq ans du territoire suisse.
Le prévenu ne nie pas les faits, mais affirme qu’il ne voulait pas tuer son ancienne compagne. Il admet en revanche avoir voulu lui faire mal. Lors de son audition, l’homme âgé aujourd’hui de 47 ans a expliqué avoir eu à cette époque un problème d’alcool, avoir bu ce soir-là et ne pas se souvenir clairement des évènements. Il admet aussi « avoir l’alcool très méchant ». L’homme explique s’être rendu au domicile de la plaignante parce qu’un de ses enfants n’allait pas bien. Alors, pourquoi s’être muni d’un couteau ? Il aurait eu peur du nouveau compagnon de son ex. À plusieurs reprises, devant la Cour, il s’est dit choqué, bouleversé par ce qu’il avait commis. « Je regrette ce que je lui ai fait et ce que j’ai fait subir à mes enfants ». Des regrets auxquels la procureure ne croit pas.
« Il ne pouvait pas ignorer une issue fatale »
Le Ministère public a commencé son réquisitoire en indiquant que cette « affaire s’inscrit dans une actualité qu’on voudrait voir disparaitre », celle de la violence faite aux femmes. Une « violence réelle et qui a trop longtemps été banalisée ». L’homme avait déjà été condamné pour des violences envers sa compagne. Pour la procureure, le prévenu a sciemment tenté de tuer sa compagne et l’enfant qu’elle portait. Elle avait choisi de partir, de le quitter, et il ne l’a pas supporté : il a voulu lui enlever son autonomie, sa liberté. « Il ne s’agit pas d’un geste impulsif. Il a tenté de la réduire au silence ». Et de préciser que la « survie de la plaignante est le résultat du hasard et de la chance et pas celle de la volonté du prévenu », aucun organe vital n’ayant été touché. La procureure a aussi rappelé que le couteau mesurait 40 centimètres avec une lame de 25 centimètres. Avec un tel objet « personne ne peut ignorer la possibilité d’une issue fatale. »
Elle a requis neuf ans de prison, ordonné un traitement ambulatoire et une expulsion du territoire suisse d’une durée de cinq ans.
Lésions corporelles simples pour la défense
La partie plaignante suit le Ministère public sur les préventions. L’avocat de la victime a toutefois insisté sur le fait qu’il fallait « trouver un équilibre entre les faits et la protection de la famille », en d’autres termes, sans le dire, renoncer au renvoi du prévenu pour que les enfants du couple ne grandissent pas sans leur père. La mère de famille s’est aussi exprimée lors de l’audience de lundi. Elle a indiqué qu’elle allait mieux, qu’elle avait eu « besoin de temps pour me rétablir de cet incident, mais aussi de l’alcool. » Elle a aussi affirmé avoir pardonné, ajoutant que « de mon point de vue, je ne vois pas qu’un agresseur et une victime, mais un drame familial. (…) Ce drame ne me perturbe pas plus que ça, si ce n’est d’affronter les années à venir seule avec mes enfants. »
La défense a soutenu que le prévenu n’a eu ni la conscience ni la volonté de tuer, eu égard à son état physique (sous emprise d’alcool) et psychique, en raison d’une maladie dont il souffre depuis des années. L’avocate a relevé que « sans minimiser les blessures et la gravité » des actes, le comportement de la partie plaignante n’a pas été exemplaire. Elle a notamment expliqué que son client avait pris un couteau dans le but de se défendre, son ex lui ayant dit que son nouveau compagnon pourrait s’en prendre à lui. La défense demande à la Cour de retenir les lésions corporelles simples et d’abandonner les autres charges. Elle a plaidé pour une peine de trois ans de prison, voire quatre si la tentative d’interruption de grossesse était retenue, assortie d’une mesure thérapeutique en traitement ambulatoire. L’avocate a aussi demandé à la Cour de renoncer à l’expulsion de son client du territoire suisse.
Le Tribunal criminel rendra son verdict mardi. /sma









