Entre février et mars, les amphibiens sortent d’hibernation pour rejoindre les points d’eau, où ils se reproduiront. Mais ce voyage, souvent traversé de tronçons routiers, s’avère périlleux. Pour sauver les bêtes, des barrières temporaires sont mises en place. C’est notamment le cas aux alentours du lac des Taillères.
Une camionnette est arrêtée au bord de la route, avec ses quatre clignotants allumés. Près de celle-ci, en contrebas, une poignée d’hommes semblent affairés à leur tâche, vêtus de gilets oranges. Nous sommes au lac des Taillères, à La Brévine, plus précisément sur la route qui sépare le point d’eau de l’une des forêts qui l’entoure. Robin Arnoux, correspondant cantonal pour le Karch, le centre de coordination pour les amphibiens et reptiles de Suisse, appelle ce site « le triangle des Bermudes ».
Aucun bateau ni avion n’a jamais disparu ici : les victimes, ce sont les batraciens qui, chaque printemps, périssent en nombre sur cette route, comme sur d’autres, au moment de la grande migration. Alors, pour prévenir d’une hécatombe, des barrières temporaires sont installées annuellement au bord des voies de circulation de certains sites clés, tel que celui-ci.
Le fonctionnement de l’installation est simple : « Ce sont des bâches tenues par des sardines et tous les 25 mètres un seau est enterré dans le sol. Lorsqu’ils y seront confrontés, les amphibiens vont suivre les barrières et tomber dans les seaux. » C’est alors que la présence de bénévoles se révèle nécessaire : tous les matins, des volontaires se saisissent des seaux et vont déposer une par une les petites bêtes de l’autre côté de la route, à l’abri du danger.
Robin Arnoux : « Les barrières ont une hauteur qui ne permet pas à ces bêtes de sauter par-dessus. »
Sur le Littoral, la migration est déjà bien entamée. Les batraciens ont émergé depuis février, mais dans les hauteurs, leur voyage a tout juste commencé. Ici, dans la vallée de la Brévine, on se prépare à leur départ dans les jours à venir. « Dès qu’il y aura des températures supérieures à cinq degrés et de l’humidité. Pour l’instant ici, la nuit, ça gèle encore », précise Robin Arnoux.
Le spécialiste ajoute que « la forêt est leur milieu de vie terrestre, ils y passent 80% à 90% de leur temps. Mais au printemps, ils ont besoin d’un plan d’eau pour se reproduire. Et ici par exemple, on a pile entre ces deux habitats une route avec un trafic quand même assez important. » Les batraciens ne sont pas réputés pour leur vitesse, résultat : « le taux de mortalité est énorme ». Pour ce qui est de l’installation des barrières : « En visant les points où il y a un fort flux, on arrive à diminuer passablement le nombre de bêtes écrasées. »
« Le taux de mortalité est énorme sur ces routes. »
Robin Arnoux détaille la configuration du site des Taillères : on y trouve d’un côté une forêt, de l’autre une tourbière, qui mêle habitat terrestre et plan d’eau, et enfin, le lac. « Une route qui slalome au milieu de tout ça et des animaux qui circulent dans tous les sens. »
En conséquence, et en plus des barrières temporaires, des barrières fixes ont récemment été mises en place. Celles-ci ne se composent ni de bâche ni de seau, mais d’un muret en béton semi-enterré et d’un tunnel passant sous le tronçon. « Le but c’est qu’un animal qui descend en direction de la route bute contre le mur et le suive jusqu’au tunnel », affirme le correspondant cantonal pour le Karch. Avant de conclure : « Autant les amphibiens que la petite faune, comme les martres, les hermines, les hérissons ou les renards vont pouvoir bénéficier de ce passage. » /raf











