En 1758, l’horloger Pierre Jaquet-Droz quitte La Chaux-de-Fonds pour vendre ses pendules au roi d’Espagne. Une expédition risquée mais qui sera couronnée de succès. Cette aventure est racontée dans le dernier numéro de la Nouvelle revue neuchâteloise et fait l’objet d’une exposition aux Moulins Souterrains du Col-des-Roches.
C’est l’histoire d’un Chaux-de-Fonnier parti à la rencontre du roi d’Espagne. Pierre Jaquet-Droz était un horloger du XVIIIᵉ siècle particulièrement talentueux. Jouissant déjà d’une solide réputation en Suisse, il est encouragé par le gouverneur de la principauté de Neuchâtel, George Keith, à se rendre en Espagne afin de présenter ses créations au roi Ferdinand VI, amateur de pendules.
C’est ainsi que Pierre Jaquet-Droz, en compagnie de son beau-père Abram-Louis Sandoz et de son ouvrier Jacques Gevril, prend la route en avril 1758 avec six de ses plus belles pendules. Sept mois plus tard, Pierre Jaquet-Droz revient à Neuchâtel enrichi de 20’000 pistoles d’or – l’équivalent de trois grandes fermes neuchâteloises –, de l’admiration de la cour espagnole et d’une réputation désormais européenne.
Caroline Calame : « Il va se faire connaitre de l'Europe entière avec ce voyage. »
Cette histoire exceptionnelle fait l’objet de la dernière parution de la Nouvelle Revue neuchâteloise, ainsi que d’une exposition aux Moulins souterrains du Col-des-Roches. Un projet de longue date, selon Caroline Calame, conservatrice du musée, qui a participé à la fois à l’écriture et à la mise en forme de l’exposition.
Une double casquette qui lui permet notamment de constater les limites de chaque format. Par exemple, l’impossibilité d’illustrer, dans le cadre d’une exposition, certains passages pourtant très intéressants du journal : « Il y a des éléments du texte que l’on trouve formidables mais que l’on ne peut pas illustrer et d’autres qui sont un peu moins accrocheurs mais que l’on peut illustrer. »
Caroline Calame : « C'est vraiment la synthèse de trouver ce que l'on dit et ce que l'on voit pour arriver à l'idéal, si possible, d'une exposition. »
Les détails du journal
Aux Moulins souterrains du Col-des-Roches, les illustrations tapissent les murs de l’étage. Une perruque est exposée dans une vitrine. Sachant qu’ils se rendaient à la cour royale, les voyageurs ont pris soin de rester peignés et rasés tout au long du voyage. Un haut-parleur diffuse la lecture du journal.
Un souci du détail qui en dit long sur l’importance du voyage. « Pierre Jaquet-Droz était un homme courageux et ambitieux. » La conservatrice souligne que si le Chaux-de-Fonnier n’était finalement pas parvenu à vendre ses pendules, « ça aurait été une catastrophe ». Car, à cette époque, voyager représentait un coût important.
Caroline Calame : « Il devait avoir en lui une confiance suffisante pour le faire, pour convaincre et pour réussir. »
Et ces coûts, nous les connaissons bien grâce à Abram-Louis Sandoz. Le compagnon de voyage de Jaquet-Droz, issu d’un milieu modeste d’agriculteurs, a tenu tout au long de l’aventure un journal de voyage particulièrement détaillé. Prix des pourboires, confort des auberges, descriptions des paysages et impressions sur la nourriture y sont minutieusement consignés.
Cette attention portée aux détails a aujourd’hui permis, entre autres, de reconstituer de manière incroyablement précise l’itinéraire emprunté par le groupe. Carlos Lopez est archiviste cantonal adjoint dans le canton de Fribourg, mais il a été, pendant près de dix ans, conservateur des fonds spéciaux à la Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds. C’est dans ce contexte qu’il est « tombé » sur le journal d’Abram-Louis Sandoz. Contributeur de cette édition de la Nouvelle Revue neuchâteloise, il s’est appuyé sur des cartes, des guides et des estimations de Google Maps pour son étude des temps de trajet. /raf









