Le parc et musée d’archéologie de Neuchâtel consacre sa prochaine exposition à la question coloniale. « L’île de sable » retrace une tragédie qui a amené 80 personnes déportées depuis Madagascar à survivre pendant 15 ans sur une île déserte.
Redonner voix aux victimes de l’esclavage et résoudre un mystère vieux de centaines d’années. C’est, en substance, l’objectif du Laténium à travers sa nouvelle exposition L’île de sable, dont le vernissage aura lieu ce vendredi.
Le parc et musée d’archéologie emmène les visiteurs en 1761, lorsqu’un navire déportant des esclaves depuis Madagascar fait naufrage sur une île désertique au milieu de l’océan indien. Si l’équipage arrive à reprendre le large à bord d’un navire de fortune, les 80 esclaves clandestins sont abandonnées sur Tromelin, un minuscule ilot dépourvu de ressources. Quinze ans plus tard, une expédition retrouve une poignée de personnes. Sept femmes et un nourrisson ont survécu à cet isolement et environnement extrême.
Cette tragédie à fait couler beaucoup d’encre, mais sans jamais s’intéresser à la vie de ces personnes livrées à elles-mêmes. Comment vivaient-elles ? Comment se sont-elles organisées ? C’est l’archéologie, et plus particulièrement des fouilles menées entre 2006 et 2013 par le Groupe de Recherche en Archéologie Navale et l’Institut national de recherches archéologiques préventives, qui amènent aujourd’hui des éléments de réponses.
Plongée au coeur de l'exposition :
En consacrant une exposition à cet événement, le Laténium souhaite, non seulement, redonner voix aux personnes victimes de l’esclavage, mais également relever la résilience de ce groupe qui a réussi à exploiter des infimes ressources, à créer une organisation sociale et à mobiliser de nouveaux savoir-faire techniques. « Les enseignements archéologiques permettent de découvrir un récit assez formidable qui démontre la force de la solidarité humaine pour résister à la déshumanisation que représentait leur mise en esclavage », explique Marc-Antoine Kaeser, directeur du Laténium.
Marc-Antoine Kaeser : « Ces personnes ont, en quelque sorte, inventé une nouvelle culture. »
Sur les questions coloniales, l’archéologie est un complément important à l’histoire, selon Marc-Antoine Kaeser. « Les sources historiques écrites sont souvent muettes quant à l’expérience des esclaves », détaille le directeur du Laténium. « L’archéologie nous parle de la résistance des victimes du système. »
« L’archéologie joue un rôle fondamental, car elle redonne voix aux victimes du système esclavagiste. »
La scénographie de l’exposition a été réalisée par Adrien Moretti et plonge le visiteur dans la cale sombre d’un navire, avant de le conduire vers l’aridité de l’île et d’être plongé dans des horizons maritimes. Le Laténium a pensé le tout comme une expérience immersive, à travers les sons et les images. De plus, la création artistique contemporaine occupe une place centrale dans l’exposition. L’audioguide a notamment été réalisé par l’écrivaine Fanny Wobmann et mêle fiction et documentaire.
L’exposition sera encadrée ces prochains mois de projections, conférences et performances. L’île de Sable est à découvrir jusqu’au 10 janvier 2027 au Laténium. / cde









