À quelle sauce la région va-t-elle être mangée si les États-Unis maintiennent des droits de douane de 39% sur les produits suisses ? Le professeur d’économie territoriale à l’Université de Neuchâtel Olivier Crevoisier prédit que la pilule va être difficile à avaler en fonction des secteurs.
L’Arc jurassien est suspendu aux annonces de la Confédération dans l’espoir que Donald Trump rétropédale. Avec des droits de douane de 39%, la région est plus que jamais concernée par la décision du président américain de taxer lourdement les produits suisses importés aux États-Unis. Les impacts pour les cantons de Neuchâtel, du Jura ainsi que pour la région du Jura bernois, dont les tissus économiques sont fortement portés vers l’exportation, seraient conséquents. Olivier Crevoisier, professeur d’économie territoriale à l’Université de Neuchâtel, prédit « que la région de l’Arc jurassien va particulièrement souffrir. Les quantités vendues aux États-Unis vont diminuer, ce qui va diminuer les revenus des entreprises et donc probablement entraîner du chômage. »
Olivier Crevoisier : « Moins de pouvoir d’achat dans la région, moins de pouvoir d’investissement, mais aussi moins de revenus pour les collectivités publiques. »
Autre question qui préoccupe : faut-il s’attendre à ce que des entreprises quittent la région avec des droits de douane de 39% ? Olivier Crevoisier estime que « c’est difficile à dire, car les secteurs industriels sont très différents des uns des autres. La pharma est une activité très dépendante des cadres institutionnels, des règlementations, des systèmes d’assurance, etc. Dans l’horlogerie ou dans des marchés d’investissements comme la machine-outil ou la microélectronique, c’est différent. Jusqu’à présent l’horlogerie suisse a pu, dans une certaine mesure, jouer avec l’idée de la distinction sociale, du prix élevé, du produit de luxe. Mais il est évident qu’un 40% est extrêmement difficile à digérer. Enfin, dans le domaine des biens d’investissements, la question se pose de la concurrence avec d’autres pays, comme l’Allemagne, le Japon ou dans une certaine mesure l’Italie. »
« On aura des distorsions de concurrence importantes, parce que si l’Union européenne à 15%, cela fait une grosse différence. »
Autre annonce qui ne manque pas de faire trembler, celle faite mardi par Donald Trump de taxer jusqu’à 250% les produits pharmaceutiques entrant aux États-Unis. Le président américain veut que les médicaments soient fabriqués dans son pays. Dans le canton de Neuchâtel par exemple, l’entreprise pharmaceutique Bristol Myers Squibb occupe un site à Boudry. Une société qui réalise d’importants bénéfices et qualifiée « de poule aux œufs d’or » pour les finances communales boudrysanes. Avec des droits de douane de 250%, quel intérêt de rester dans la région ? « Pour chacune des activités, il va falloir prendre des décisions et avoir une vision à moyen et long terme. Mais pour une entreprise pharmaceutique, c’est, je pense, relativement facile de se délocaliser. On pourrait avoir des effets assez rapides effectivement si l’essentiel de son marché est aux États-Unis », répond Olivier Crevoisier.
Karin Keller-Sutter sera reçue par le secrétaire d'État américain Marco Rubio mercredi après-midi à Washington. Aucun rendez-vous n'est en revanche prévu pour l'instant avec le président Donald Trump. La présidente de la Confédération accompagnée du ministre de l’Économie Guy Parmelin espèrent trouver un accord et renégocier à la baisse ces droits de douane. /jpp









