Une nouvelle offre de restauration sème la zizanie à Chaumont. Fannie Burkhardt, propriétaire de « La Remorque », propose depuis fin juin des crêpes, des glaces et des boissons. Son foodtruck est installé près de la station du funiculaire qui relie Chaumont à La Coudre, sur un terrain appartenant à la compagnie de transports publics neuchâtelois TransN. Fannie Burkhardt dit avoir obtenu les autorisations nécessaires auprès de TransN et du Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV), ainsi qu’un préavis favorable de la Ville de Neuchâtel avant de se lancer.
Le hic, c’est que cette parcelle ne permet pas l’installation de ce genre de commerce. Dans le registre foncier apparaît en effet une mention interdisant « la construction d’hôtels, restaurants, cafés, crèmeries, commerces ou autres établissements semblables ». Cette clause est inscrite sur de nombreuses parcelles du centre de Chaumont, autour du Petit Hôtel, et remonterait à 1906, selon Aline Odot, porte-parole de TransN, soit avant même la mise en service du funiculaire. L’histoire de cette clause s’est perdue, selon elle.
Aline Odot : « Nous n’avons aucun élément qui nous permet de savoir comment cette inscription de non-concurrence au registre foncier a été justifiée à l’époque. »
TransN adresse ses excuses à Fannie Burkhardt. La porte-parole Aline Odot indique que la compagnie de transports n’avait pas connaissance de cette clause au moment de la mise en location de la parcelle pour une période test allant jusqu’à fin septembre. TransN a également sollicité un avis juridique. Il en ressort qu’un foodtruck installé durant une période déterminée au même endroit doit être considéré comme une construction, explique Aline Odot.
« Nous n’avons pas pensé à consulter le registre foncier. C’est notre erreur et nous en sommes désolés. »
Dorothée Lenggenhager, propriétaire du restaurant du Petit Hôtel avec son mari Marc, dit avoir été surprise de l’installation de cette remorque. Tous deux avaient connaissance de cette clause qui figurait dans les papiers qu’ils avaient signés lors de la reprise de l’établissement, rouvert sous leur égide en 2011.
Une fois le dialogue noué, les tenanciers du Petit Hôtel ont évoqué cette clause de non-concurrence avec Fannie Burkhardt. Dorothée Lenggenhager parle d’un manque à gagner, principalement sur les glaces, depuis l’installation du foodtruck. Elle ajoute qu’un accord a été passé avec la tenancière de « La Remorque ».
Fannie Burkhardt confirme effectivement s’être engagée à verser un certain montant par semaine au Petit Hôtel par gain de paix. À ses yeux, il s’agit toutefois d’une solution d’urgence qui n’est pas viable sur le long terme.
Fannie Burkhardt : « Il fallait prendre une décision d’urgence. J’ai accepté de faire ça, mais je ne veux pas continuer à faire ça dans le futur. »
Aucune compensation financière ne se profile toutefois pour la tenancière de « La Remorque ». « TransN est avant tout une entreprise de transports publics qui fonctionne avec de l’argent public. C’est là que s’arrêtent notre rôle et nos compétences », répond Aline Odot.
Face à cela, Fannie Burkhardt a cherché du soutien auprès de la Ville de Neuchâtel pour savoir s’il était possible de déplacer son foodtruck de quelques mètres, sur une parcelle de la Commune qui ne serait pas soumise à cette clause de non-concurrence. La Ville a répondu par la négative. Son chef du Service de la communication Emmanuel Gehrig explique que la Ville « est en train de développer un concept global pour permettre l’exploitation saisonnière de cuisines ambulantes à des emplacements spécifiquement définis sur l’ensemble de la commune ».
Les autorités ont toutefois proposé un emplacement de secours sur la plaine du Mail à Fannie Burkhardt. La tenancière de « La Remorque » a toutefois décliné cette offre en indiquant que son concept était pensé pour Chaumont.
« C’est un projet que j’ai monté pour Chaumont […] et je ne me suis pas imaginée le faire ailleurs. »
Fannie Burkhardt se laisse encore le temps de la réflexion pour savoir ce que va devenir son foodtruck au-delà de l’été 2025.
De son côté, la Ville de Neuchâtel doit elle aussi plancher sur la zone de Chaumont. Le Conseil général a accepté en mai une motion qui appelle les autorités à renforcer l’attractivité touristique du site. Selon Emmanuel Gehrig, ces servitudes inscrites au registre foncier ne devraient pas fondamentalement limiter le potentiel d’exploitation touristique de Chaumont. /aju-sbm










