La Caisse cantonale neuchâteloise d’assurance chômage dans la tourmente

Plusieurs collaborateurs et anciens employés dénoncent un climat de travail extrêmement délétère ...
La Caisse cantonale neuchâteloise d’assurance chômage dans la tourmente

Plusieurs collaborateurs et anciens employés dénoncent un climat de travail extrêmement délétère, avec des départs qui s’enchaînent. L’État a lancé un mandat d’analyse pour faire la lumière sur cette situation.

Le siège principal de la CCNAC est basé à La Chaux-de-Fonds.  Le siège principal de la CCNAC est basé à La Chaux-de-Fonds. 

De nombreux départs, des collaborateurs en souffrance et des dossiers entachés d’erreurs : la Caisse cantonale neuchâteloise d’assurance chômage vit une période compliquée. La CCNAC a enregistré 13 départs depuis le début de l’année 2024 sur un effectif composé d’une quarantaine d’employés. Le chiffre est confirmé par la conseillère d’État Florence Nater, la caisse de chômage étant une entité autonome de droit public rattachée au Département de l’économie et de la cohésion sociale.

Il est reproché à un collaborateur de la CCNAC d’avoir créé une scission au sein du personnel en favorisant une équipe constituée autour de lui et en tentant de pousser d’autres employés à bout. Les témoignages récoltés parlent de traitements de faveur, de problématiques d’organisation du travail et d’horaires notamment.

Des employés disent avoir été mis sous pression en termes de masse de travail, alors que leur santé était déjà atteinte. Une personne nous a indiqué que plus elle expliquait à sa hiérarchie qu’elle se sentait à bout, plus la charge de travail augmentait. Une pression aurait aussi été exercée sur les collaborateurs en arrêt maladie pour qu’ils reviennent le plus rapidement possible ou pour connaître plus précisément les motifs de leur arrêt, selon les témoignages récoltés.

Des personnes affirment avoir été régulièrement accusées d’être inefficaces et de faire porter ce poids sur les autres. Un ancien employé ajoute : « on a essayé de me mettre des erreurs sur le dos, mais j’ai prouvé que ça n’était pas moi », dit-il. Les témoignages qui nous sont parvenus font état de collaborateurs isolés, d’employés à qui il était interdit d’adresser la parole et d’un climat de délation.

« Je voyais mes collègues s’écrouler les uns après les autres », explique l’une des personnes qui s’est confiée à notre rédaction, et qui a elle-même fini par s’écrouler, en proie à de graves soucis de santé. « J’en étais arrivée à un stade où une fois rentrée, je n’avais même plus la force de réaliser de simples gestes du quotidien, comme prendre une douche », nous dit cette personne. D’autres continuent de travailler, mais seraient sous médicaments pour tenir le coup, selon plusieurs témoignages.


L’État de Neuchâtel s’en mêle

Certains collaborateurs ont tenté d’alerter différents organes sur cette situation, allant jusqu’à frapper à la porte de la conseillère d’État Florence Nater. L’élue socialiste a reçu une délégation d’employés. À la suite de cet entretien, un cabinet de conseils a été sollicité pour mener un mandat d’analyse. « Des interviews et un sondage en ligne seront agendés dès la rentrée d’août », précise un courrier adressé fin juin aux collaborateurs de la CCNAC par le Département de l’économie et de la cohésion sociale, signé également par le directeur de la caisse de chômage Pascal Guillet. Cette lettre évoque le sentiment « d’incompréhension, de malaise, voire de souffrance », exprimé par plusieurs employés. Cette souffrance a été prise au sérieux par le Conseil d’État, selon Florence Nater.


Florence Nater :  « Un ensemble de choses qui génère pour bon nombre de personnes des difficultés que l’on doit prendre au sérieux. »

L’objectif de ce mandat d’analyse est de définir les mesures à prendre pour « restaurer un climat de travail constructif au sein de la CCNAC ». On peut lire encore dans le courrier envoyé au personnel : « le premier défi consiste à assurer le paiement des prestations aux entreprises et personnes qui ont fait appel à notre caisse et de fournir des prestations de qualité ». Actuellement, la qualité n’est plus au rendez-vous, selon ceux qui se sont confiés à nous.


Fonctionnement de la CCNAC mis à mal

Des collaborateurs disent avoir vu des erreurs s’accumuler dans les dossiers, nécessitant de reprendre parfois des cas à zéro. Selon les avis exprimés, les nouvelles recrues n’étaient tout simplement pas encore assez formées pour être livrées à elles-mêmes et le fonctionnement de la caisse en pâtit.

Certains font état de retards pris dans les réponses, d’une connaissance affaiblie des dossiers et de réponses inadéquates formulées au guichet.

Pour Florence Nater, « on ne peut pas dire aujourd’hui que les prestations ne sont pas assurées », même si « le processus d’analyse nous permettra peut-être aussi d’identifier là où il y a des faiblesses dans le traitement des dossiers », ajoute-t-elle. Elle évoque 70 dossiers en attente d’une décision depuis une semaine. Des délais jugés « raisonnables », par la conseillère d’État.

« L’ensemble des collaborateurs et collaboratrices fournissent un travail conséquent. »

La conseillère d'Etat Florence Nater. (Photo d'archives) La conseillère d'Etat Florence Nater. (Photo d'archives)

La conseillère d’État appelle aussi à replacer ces témoignages dans un contexte plus large de réorganisation de la caisse de chômage entamée depuis deux ans. Un nouveau système informatique est progressivement introduit et la masse de travail s’est accrue cette année, indique Florence Nater. « À fin mai 2025, on était à 80 millions de francs de prestations versés. En regard, pour 2024, c’était un peu plus de 100 millions pour l’ensemble de l’année ». Cette situation est notamment à mettre sur le compte des RHT davantage sollicitées. La CCNAC comptait un peu plus 5'700 assurés fin 2023, selon le dernier rapport de gestion disponible en ligne.

Le mandat d’analyse doit permettre d’identifier parmi tout ceci les causes des souffrances évoquées par le personnel.


Le directeur affiche sa volonté d’aller de l’avant

Le directeur de la CCNAC, Pascal Guillet, souscrit pleinement à la démarche lancée par l’État. Il indique qu’il avait lui-même prévu de mener une telle analyse, mais l’imaginait un peu plus tardivement après l’introduction complète du nouveau système informatique fixée à janvier 2026, l’ancien datant de la fin des années 80. Il explique que la caisse de chômage est en profonde mutation depuis deux ans, avec une réorganisation du management et des processus, notamment dans la méthode d’attribution des dossiers aux collaborateurs. Certains volets du nouveau système informatique ont déjà été introduits, non sans certaines difficultés. Pour Pascal Guillet, ces changements apportent leur lot de craintes et de soucis. Le mandat d’analyse dira si des problèmes de relations interpersonnelles entrent également en jeu dans ce climat de travail altéré. Selon Pascal Guillet, certains départs enregistrés depuis l’année dernière s’expliquent aussi par des gens qui réalisent que ce travail ne leur convient pas. À ce contexte s’ajoute encore le fait que le directeur, en poste depuis 42 ans, partira à la retraite en 2028 ; une passation qui doit se préparer. Autant de défis qu’il entend relever « avec les collaborateurs et pas sans eux ». Il défend une volonté commune d’aller de l’avant et se dit prêt à rectifier ce qui devra l’être. « La mission doit être assurée. Il n’y a pas d’alternative. On doit y arriver », conclut-il. /sbm


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