Devant la justice, l’histoire de « fraude et Huguenin »

Au deuxième jour du procès de trois anciens cadres du fabricant de médailles Faude & Huguenin ...
Devant la justice, l’histoire de « fraude et Huguenin »

Au deuxième jour du procès de trois anciens cadres du fabricant de médailles Faude & Huguenin, prévenus de gestion déloyale et d’escroquerie, le ministère public n’a pas cru à la version altruiste servie par la défense, devant le Tribunal criminel des Montagnes. Résumé d’une longue journée.

Faude & Huguenin réalisait notamment des médailles pour la Fédération internationale de ski (Photo: Faude & Huguenin). Faude & Huguenin réalisait notamment des médailles pour la Fédération internationale de ski (Photo: Faude & Huguenin).

Ils auraient détourné plus de 900'000 francs au détriment du fabricant de médailles Faude & Huguenin entre 2018 et 2020 : jugés par le Tribunal criminel des Montagnes et du Val-de-Ruz, trois anciens cadres de l’entreprise ayant fait faillite en 2022 encourent des peines de prison, assorties du sursis pour deux d’entre eux. L’ancien chef des finances risque 36 mois dont un an ferme, le directeur opérationnel (puis directeur général) 24 mois avec sursis et le responsable commercial 14 mois avec sursis, pour gestion déloyale et escroquerie.

Loin de croire à leur volonté de sauver ce qui fut un fleuron de l’industrie neuchâteloise, le ministère public estime au contraire que les prévenus ont porté le coup de grâce à une société empêtrée dans un marché sinistré. Au lendemain de l’audition de quatre témoins, dont Hanspeter Faude, l’actionnaire principal et président du médailleur, les interrogatoires des prévenus, ainsi que le réquisitoire et les plaidoiries, ont donné lieu à une audience-marathon de dix heures, ce mardi à La Chaux-de-Fonds. Appelons ça le revers de la médaille... Ou l’histoire de « fraude et Huguenin », comme s’est permis le procureur Marc Rémy au milieu de cette longue journée. Le verdict sera rendu le 25 avril.


Compte bancaire fantôme et société mort-née

Près de la moitié du préjudice contenu dans l’acte d’accusation provient de la création d’un compte créé dans le dos de l’employeur, crédité de plus de 430'000 francs, et qui a servi à la création formelle d’une société, « Les artisans médailleurs ». Celle-ci n’a en réalité jamais fonctionné, mais aux dires des prévenus, elle était censée sauver le prestigieux savoir-faire cent-cinquantenaire loclois en cas de faillite de Faude & Huguenin. Marc Rémy précise que les cadres avaient ainsi l’intention de se rembourser. Car ils avaient auparavant cédé sans contrepartie leurs actions chez Faude & Huguenin à la demande du patron, afin de renflouer les caisses de la société. Le procureur ajoute que par ce détournement, les trois anciens responsables ont privé leur employeur en difficulté d’une partie (précieuse) de ses recettes.


Vol d'or, fausses factures, note de frais gonflées

Parmi les autres griefs formulés par la justice figurent le vol d’or, l’émission de fausses factures, le gonflement de notes de frais et le paiement de factures privées mises à la charge de l’entreprise. Autant d'éléments qui accréditent la thèse de l'enrichissement illégitime, malgré un bon salaire (tournant autour de 9'000 à 11'000 francs). Marc Rémy calcule aussi que quelque 410'000 francs n’ont pas encore été remboursés et que par conséquent, des créances compensatoires devront être prélevées sur les avoirs saisis des prévenus. L’ancien directeur des finances a été décrit comme le cerveau de cette affaire.


Patron très critiqué

Les avocats de la défense, eux, demandent tous une réduction des peines requises. Les prévenus admettent une partie des faits et regrettent leurs agissements, mais ils ont aussi souligné l’incompétence, voire suggéré la malhonnêteté de leur patron. Celui-ci aurait truqué les bilans comptables et dilapidé l’argent de Faude & Huguenin dans une autre de ses sociétés, en Inde, au sein de laquelle une partie de la production des médailles avait été délocalisée. 


Histoire d'un drôle de déménagement

L’un des mandataires a estimé que sans les prévenus, la faillite de l’entreprise serait intervenue en 2018 déjà, lorsque le parc des machines avait été transféré à Rothenmund (LU) chez un nouveau partenaire, Gravura. Mais comme les employés de cette société n’avaient pas le savoir-faire nécessaire, le patron serait revenu « en pleurant » vers ses trois cadres loclois pour qu’ils organisent en urgence le rapatriement des machines au Locle, afin d’honorer les commandes en cours. /vco 


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