Trois anciens responsables du fabricant de médailles basé notamment au Locle ont piqué dans la caisse de leur employeur. Pour sauver la boîte ? Quoiqu'il en soit, devant le Tribunal criminel des Montagnes, ils affichent des regrets.
Trois ans après la faillite de l'entreprise, le fabricant de médailles Faude & Huguenin réapparaît, mais devant la justice. Trois ex-cadres de ce qui fut un fleuron de l’industrie neuchâteloise se retrouvent devant le Tribunal criminel, à La Chaux-de-Fonds. Ils sont prévenus de gestion déloyale et d'escroquerie entre 2018 et 2020. Le préjudice se monterait à un million de francs. Ce lundi, quatre témoins ont été entendus.
Il faut rappeler le contexte dans lequel s’inscrit cette affaire judiciaire. Huguenin Médailleurs, c’est plus de 150 ans d’histoire au Locle. Une épopée qui s’est terminée en 2022, après avoir produit des médailles pour les plus grands événements sportifs planétaires comme les Jeux olympiques. En 2002, l’entreprise faisait un mariage de raison avec l’Alémanique Faude. Mais sur le marché, c’était de pire en pire... Une partie de la production avait été délocalisée en Inde et en 2018, Faude & Huguenin se sont associés avec le Lucernois Gravura. A l'époque, côté loclois, on craignait que ce rapprochement signifie l’arrêt de mort du savoir-faire dans le domaine des médailles haut de gamme. Et puis, en été 2018, il y a eu ce déménagement rocambolesque du parc machines loclois vers le site lucernois de production de Rothenmund : comme là-bas les employés ne savaient pas les faire tourner, les machines ont été rapatriées dans la Mère-commune et les employés loclois rappelés en catastrophe. C’était le début de la fin pour l'entreprise, et le commencement de cette affaire.
Ils ont créé une société parallèle
On reproche aux prévenus d’avoir piqué dans la caisse. Il y avait le directeur du site loclois, le directeur financier et le responsable commercial. Ceux-ci ont notamment ouvert un nouveau compte avec l’argent de la boîte et à l'insu du conseil d'administration – plus de 430'000 francs – sur lequel ils ont prélevé 100'000 francs pour créer une nouvelle société, Les Artisans Médailleurs.
Ont-ils voulu sauver les meubles ?
Il semble qu’entre les Loclois et leur patron Hanspeter Faude, qui est d'ailleurs venu témoigner lundi, la confiance étaient rompue. Les dirigeants du site de la Mère-Commune ont-ils voulu sauver les meubles pour ce fleuron de l’industrie neuchâteloise, ou ont-ils plutôt grugé leur employeur ? Avant les véritables interrogatoires, prévus mardi, les prévenus ont déjà pu dire quelques mots en ouverture du procès. Ils ont exprimé à la fois leur attachement à l'entreprise et leurs regrets. « On n’aurait pas dû faire ce qu’on a fait », a lâché l’ancien responsable des finances. Celui-ci a été licencié en 2020 à l'ouverture de l'enquête, de même que le directeur du site loclois. Le responsable des ventes, lui, est resté jusqu’à la faillite de l’entreprise.
Préjudice plus important ?
L’avocat de la partie plaignante, qui représente Faude & Huguenin ainsi que la caisse de pension de l’entreprise, a demandé le renvoi de l’acte d’accusation (et donc du procès) pour que le document soit complété, estimant que les faits délictueux remontaient à 2013 et que le préjudice total atteignait les six millions de francs. Mais les juges, après s'être retirés pendant une heure, ont estimé qu'il fallait aller de l'avant. Le verdict pourrait donc être rendu ce mercredi déjà. /vco









