Un homme de 80 ans a été reconnu coupable mercredi par le Tribunal criminel de Neuchâtel du meurtre de son épouse âgée de 78 ans. L'octogénaire dit s’être défendu. Le Ministère public avait requis dix ans de prison.
Une énième dispute qui tourne au drame. Un octogénaire a été condamné mercredi à sept ans de prison par le Tribunal criminel de Neuchâtel pour le meurtre de son épouse en juin 2023 à Neuchâtel. L’homme a étouffé sa femme en lui mettant la main sur la bouche et en lui pinçant le nez. Il a affirmé à la Cour avoir agi pour se défendre et sans intention de tuer son épouse. Une déclaration qui n’a pas été retenue par les juges. Le Ministère public avait requis dix ans.
Dans son jugement, la Cour a mis en lumière le contexte dans lequel les faits se sont produits. Le couple n’avait de cesse de se disputer depuis des décennies. Leur seul mode de communication était le conflit. « Ils s’engueulaient sans cesse. (…) Ce conflit permanent résulte d’une responsabilité partagée. » Selon les deux enfants du couple, les insultes faisaient partie du quotidien de leurs parents, et depuis des années. Hormis les violences verbales et parfois physiques envers sa femme, les juges ont relevé qu’il était décrit par tous comme « une bonne personne. L’énergie criminelle déployée est circonstancielle, liée à ce contexte de couple qui dégénère, mais ne se retrouve pas ailleurs. » L’expertise psychiatrique conclut par ailleurs à une responsabilité amoindrie au moment des faits.
« Je ne voulais pas la tuer »
Lors de l’audience, le meurtrier a longuement expliqué que ce jour-là, il était allé faire ses commissions avec son fils. À peine de retour à la maison, une nouvelle dispute a éclaté. Il explique que sa femme était en colère pour une histoire futile. « Elle a voulu me taper avec des béquilles, elle m’a craché dessus. Je l’ai poussée. Elle est tombée sur lit. Elle m’a donné des coups de talon dans le ventre et les testicules. » Il explique alors être tombé lui aussi sur le lit en raison de la douleur et de s’être défendu. « J’ai mis ma main sur sa bouche. Elle m’a mordu. Je pensais qu’elle pouvait respirer entre mes doigts. Je ne savais plus où j’étais. » Il martèle cependant qu’il n’a pas voulu la tuer, que c’était un accident, qu’il l’aimait. L’homme peine à admettre sa responsabilité. Lorsque la Cour lui demande s’il reconnait être coupable du meurtre de sa femme, il répond : « Pourquoi voulez-vous que je sois en faute quand je me fais attaquer ? » Ce qui, souligne le Tribunal, ne plaide pas en sa faveur. Pour la Cour, il avait conscience de tuer son épouse, ou du moins, de pouvoir la tuer. Contrairement à la partie plaignante, les juges n’ont pas retenu la préméditation. Ni les menaces, alors même qu’il avait dit à plusieurs reprises qu’il allait la tuer, dont le jour des faits. Le fils en a été témoin sans le prendre au sérieux. C’était leur mode de fonctionnement. Quelques heures plus tard, elle était morte.
« C’est un tueur et un menteur »
Pour la partie plaignante, il n’y a pas de doute, l’homme a voulu tuer sa femme. « Le prévenu essaye de se trouver des circonstances atténuantes. C’est non seulement un tueur, mais aussi un menteur quand il dit qu’il voulait juste la calmer. (…) S’il avait voulu la calmer en mettant sa main sur sa bouche, il n’avait pas besoin de lui pincer le nez. Il ne pouvait ignorer qu’il était en train de la tuer. Il a vu qu’elle suffoquait. Il n’a pas arrêté jusqu’à ce qu’elle ne bouge plus. » La fille du meurtrier est traumatisée depuis cette histoire.
« Ce n’est pas un criminel au sens humain »
Pour la défense « ce n’était pas un mari violent, jaloux, autoritaire, ni alcoolique. Il aimait sa femme qui lui faisait vivre un enfer. Ce qui était réciproque. (…) Ce n’est pas un criminel au sens humain. Il faut se rendre compte de sa détresse au moment des faits. » Le jour du meurtre, la victime l’a agressé, insulté, frappé : il s’est retrouvé dans un état de stress, selon l’expertise psychiatrique. Qui conclut également à une altération mineure de ses capacités cognitives, soit à une diminution légère à modérée de sa responsabilité.
Les féminicides surreprésentés chez les séniors
Cette affaire a permis de mettre en lumière les violences chez les séniors. Le Ministère public a commencé son réquisitoire en expliquant que « l’âge avancé des grands-parents évoque dans l’imaginaire collectif la bonté, la douceur et la gentillesse. (…) Mais cette classe d’âge est surreprésentée dans les féminicides. Entre 2013 et 2022, 39 femmes de plus de 70 ans sont mortes sous les coups de leur conjoint ». Le féminicide du 19 juin 2023 à Neuchâtel était le 10e de l’année en Suisse. Une issue dramatique, mais aussi l’histoire difficile de ce couple. Une histoire faite de violences verbales pendant des décennies. « Quand ils sont ensemble, ils se bouffent le museau », dira l’un des enfants du couple durant la procédure. C’est cette accumulation de violence qui a mené au drame. Mais le procureur précise qu’au moment des faits, le prévenu « n’était pas acculé, il avait d’autres issues, mais il a choisi de la faire taire définitivement, de la supprimer. » Pour éviter ce drame, le couple aurait pu se séparer. À cette remarque, le prévenu a répondu une fois de plus qu’il aimait sa femme et que « quand on se marie, c’est pour le meilleure et pour le pire. » Apparemment, pour le pire dans cette histoire. /sma








