En Suisse, toutes les deux semaines, une femme est tuée par son mari, son partenaire, son ex-partenaire, son frère, son fils ou par un inconnu. Et chaque semaine, une femme survit à une tentative d’homicide… Ces chiffres, publiés par le Bureau fédéral de l’égalité, font froid dans le dos. Le Club 44 à La Chaux-de-Fonds invite jeudi soir la féministe et historienne française Christelle Taraud pour une conférence sur le féminicide. Elle a réuni des spécialistes mondiaux dans le livre Féminicides. Une histoire mondiale. Un ouvrage qui propose de comprendre le phénomène en partant de ses origines.
Christelle Taraud a expliqué jeudi, dans La Matinale, qu’il « était important de comprendre ce phénomène dans une grande densité chronologique. (…) J’ai été assez étonnée de me rendre compte à quel point le système d’écrasement des femmes était presque aussi ancien que notre espèce. » Christelle Taraud qualifie le féminicide de crime d’État. « On observe qu’il y a une guerre de basse intensité qui est menée contre les femmes et nous ne sommes pas protégées par nos Etats. » Elle prend l’exemple d’un féminicide en France où un policier avait refusé de prendre une plainte en rétorquant que « s’il arrivait quelque chose, elle n’avait qu’à dire que c’était la faute de la police. Sa sœur a pris la police au mot et a porté plainte. (…) Et elle a obtenu du Tribunal judiciaire de Strasbourg que l’Etat soit condamné pour dysfonctionnement. Donc l’Etat français lui-même reconnait son incapacité à protéger les femmes. »
Christelle Taraud relève également qu’il ne suffit pas de voter des lois, même si c’est très important, pour qu’elles soient effectives. Il est important de faire un important travail de pédagogie dans toute la chaine répressive. « Que les magistrats soient formés, que les avocats cessent de défendre les féminicidaires comme si c’étaient eux les victimes. » Il est important de déconstruire, de manière très importante, ce système d’écrasement des femmes « parce qu’on ne règle pas le problème du féminicide si on ne construit pas des sociétés d’égalité réelle, pas d’égalité formelle. »
La conférence « Féminicide, une histoire mondiale », se tient ce jeudi dès 20h15 au Club 44 à La Chaux-de-Fonds. /sma









