Éveiller les consciences sur une problématique bien réelle : celle de la traite des êtres humains. Pour sensibiliser la population à l’esclavage moderne, une Marche pour la liberté se tient pour la première fois à Neuchâtel. Elle partira samedi à 10h de l’esplanade du Mont-Blanc et se fera en silence pour symboliser justement le silence des victimes. 80 pays et 500 villes dans le monde se mobilisent pour cette cause. Un fléau qui n’épargne pas notre pays et notre région comme l’explique Célia Jeanneret, co-organisatrice de l’évènement et juriste en droit pénal. « Il y aurait environ 3'000 victimes de traite humaine chaque année en Suisse. Un business qui rapporterait aux trafiquants un milliard de francs de chiffre d’affaires ».
Célia Jeanneret, co-organisatrice de la Marche pour la liberté
La prostitution, milieu le plus touché
L’exploitation sexuelle et le travail forcé sont les deux formes de traite d’êtres humains les plus courantes. Célia Jeanneret précise « qu’il y a énormément de prostitution forcée en Suisse. On imagine qu’il y a 80% de victimes de traite dans cette profession. Il y a aussi le travail forcé estimé à 18%, principalement dans le secteur du bâtiment. Des cas avec des enfants sont également détectés au travers de la mendicité forcée ». Et les victimes ne rendent pas forcément compte qu’elles sont exploitées, ajoute la juriste. « Ces personnes viennent souvent de l’étranger, de l’est de l’Europe et d’Amérique du Sud. Elles arrivent en Suisse sur la base de fausses promesses, pensant avoir de meilleures conditions de vie ».
La détection s'avère problématique
« Le gros problème c’est la détection des cas de traite humaine », relève Célia Jeanneret, qui ne pense pas être la seule à le dire dans le milieu de la justice. « Sur les 3'000 cas estimés en Suisse, seul 1% est dénoncé. Il y a donc très peu de condamnations. L’application de l’article 182 du Code pénal sur la traite d’êtres humains demande énormément de moyens de preuve. C’est pourquoi il est important de sensibiliser la population à reconnaitre des cas de traite d’êtres humains, mais il faut aussi que les lois changent pour davantage protéger ces victimes qui sont souvent dans un silence et qui ne peuvent pas parler de leur cas d’exploitation ».
Si une personne pense être victime ou avoir détecté un cas de traite humaine, plusieurs solutions s’offrent à elle. Dénoncer le cas à la police ou se rendre dans les centres LAVI d’aide aux victimes qui existent dans chaque canton. Il y a aussi des associations de lutte contre le trafic humain. Le site trafficking.ch qui propose une hotline ou encore ACT212 qui est l’association nationale de lutte contre la traite et qui a aussi une ligne téléphonique d’urgence. /jpp









