Colère, incompréhension et émotion lors du procès de l’attaque à l’acide

Les sentiments étaient vifs ce mardi au Tribunal criminel de Neuchâtel. La justice s’est penchée ...
Colère, incompréhension et émotion lors du procès de l’attaque à l’acide

Les sentiments étaient vifs ce mardi au Tribunal criminel de Neuchâtel. La justice s’est penchée sur l’affaire de la jeune femme qui a été défigurée par son ex-compagnon en février de l’an dernier

La justice neuchâteloise se penche sur une affaire peu commune, celle dont a été victime une jeune femme attaquée avec un produit corrosif. (Photo libre de droits). La justice neuchâteloise se penche sur une affaire peu commune, celle dont a été victime une jeune femme attaquée avec un produit corrosif. (Photo libre de droits).

L'affaire avait horrifié et bouleversé bien au-delà de la région. Début février 2021 à Neuchâtel, une jeune femme était aspergée d'acide tôt le matin à la sortie de son domicile dans le garage collectif de son immeuble. Touchée au visage, à la chevelure, aux mains et avant-bras, la victime porte et portera toujours les stigmates de cette agression. Le procès du prévenu s'est tenu ce mardi au Tribunal criminel de Neuchâtel. Le jeune homme, d'origine afghane et né en Iran, est notamment accusé de lésions corporelles graves avec usage d’un produit dangereux, mais aussi de brigandage dans une autre affaire qui s’est déroulée à Bienne un an auparavant.


Des questions, pas de réponses

La question centrale : pourquoi avoir commis cette agression ? Le prévenu a bien eu de la peine à y répondre, peu clair dans ses déclarations, hésitant, balbutiant entre de longs moments de silence. Il a toutefois expliqué être terrifié à l’idée que la jeune femme, avec qui il avait eu une relation, voulait avorter. Qu’il se sentait trahi, qu’il était en détresse, qu’il n’était plus lui-même, mais répétant finalement qu’il ne comprenait toujours pas pourquoi il avait commis cet acte qui a défiguré la victime. Le produit utilisé lors de cette attaque lui a occasionné des blessures au 3e degré sur moins de 1% du corps et provoqué également une alopécie partielle (perte de cheveux) au niveau de l’hémifront gauche avec atteinte du cuir chevelu. La jeune femme avait dû être soignée au CHUV durant plusieurs jours, puis n’avait pas pu reprendre complètement le travail avant trois mois, souffrant de séquelles physiques, mais aussi psychiques.


Sept ans et quatre mois requis

La procureure a qualifié les faits « d’une cruauté et d’une violence peu communes ». Sylvie Favre a relevé l’ambiguïté dans les facettes du prévenu. « Son côté sympathique quand on ne le contredit pas et celui d’une petite frappe devenue un dangereux personnage ». Elle retient la préméditation et la froideur de l’acte ainsi qu’un risque de récidive qualifié d’élevé par l’expertise psychiatrique. Le Ministère public requiert sept ans et quatre mois de prison ainsi qu’une expulsion du territoire suisse de dix ans.

Dans sa plaidoirie, l’avocat de la victime a évoqué « un acte odieux et abject ». Il a relevé que le prévenu « a pris ce qu’elle avait de plus chère, sa beauté, son image ». Il a aussi souligné que « si on gratte sous les apparences notamment dépeintes par ses proches et amis, l’accusé était fourbe et menteur. Un renard qui se met en embuscade, calculateur, manipulateur et qu’il avait planifié, préparé et réfléchi à son acte (qu’il avait déjà tenté de commettre trois jours auparavant), déployant une énergie impressionnante à nier les faits ». Des faits qu’il n’a avoués que trois mois après son incarcération. Aux yeux de l’avocat, le prévenu ne peut bénéficier d’aucune circonstance atténuante.


Pas plus de trois ans, demande la défense

L’avocat de la défense a expliqué que son client « devait être puni convenablement et non pas de manière exemplaire ». Il s’en est excusé auprès de la victime, mais selon lui les lésions corporelles simples doivent être retenues. Concernant une affaire de brigandage à Bienne en janvier 2020, le prévenu a toujours nié les faits et le doute raisonnable est suffisant pour abandonner l’accusation, d’après son défenseur. L’homme aurait frappé sa victime avec une barre de fer, la blessant gravement à la tête, lui soustrayant la recette de son établissement qui s’élevait à 1'900 francs, selon l’acte d’accusation.

L’avocat de la défense a plaidé « un parcours de vie épouvantable, des circonstances de vie très compliquées ». Il estime que sept ans de prison est une peine excessive et « qu’il fallait sanctionner, mais pas démolir ». Il demande ainsi que la peine prononcée ne dépasse pas les trois ans et que les juges renoncent à l’expulsion du territoire suisse, si l’accusation de lésions corporelles graves devait être retenue.

Le verdict sera rendu le mardi 20 décembre à 15h. /jpp


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