La main dans la caisse pour satisfaire ses vices

Un ancien gérant de restaurants comparaissait vendredi devant le Tribunal de police à Boudry ...
La main dans la caisse pour satisfaire ses vices

Un ancien gérant de restaurants comparaissait vendredi devant le Tribunal de police à Boudry. Il était accusé d’avoir prélevé plusieurs centaines de milliers de francs dans les caisses pour satisfaire ses addictions

L'audience s'est déroulée au Tribunal de police à Boudry. (Photo : illustration) L'audience s'est déroulée au Tribunal de police à Boudry. (Photo : illustration)

Pour financer une vie de débauche, il se servait dans les caisses de ses restaurants. Vendredi, un homme a comparu devant le Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers à Boudry. Ancien gérant de deux bistrots du centre-ville de Neuchâtel, il est accusé d’abus de confiance, de gestion déloyale, de faux dans les titres, d’escroquerie, voire de vol. Les montants évoqués se chiffrent en plusieurs centaines de milliers de francs. Le Ministère public requérait 12 mois de prison avec sursis. Au terme d’une longue audience, le jugement sera finalement rendu la semaine prochaine.


Bataille de chiffres

« Fin 2013, j’étais au fond du trou », rappelle le prévenu. Sa consommation de cocaïne atteint des sommets. Il lui arrive parfois d’en absorber plus de 5 grammes en une soirée. On lui reproche notamment durant cette période de s’être servi dans la caisse de l’un de ses restaurants pour financer ses vices : stupéfiants, prostituées et téléphone rose.

La partie plaignante ? Une société créée avec son ancienne épouse lors de l’achat d’un deuxième restaurant. Cette dernière en est encore aujourd’hui l’administratrice. Elle en est sa voix et témoigne de l’enfer qu’il lui a fait subir. Elle assure aussi qu’il manquait plus de 300'000 francs dans le coffre en décembre 2013, selon les relevés de caisse. L’accusé admet s’être généreusement servi, mais qualifie le chiffre avancé par la plaignante de « farfelu ». Selon lui, le montant avoisinait plutôt les 180'000 francs. Et puis, malgré son état « pitoyable », le prévenu s’est toujours débrouillé pour rembourser les sommes prélevées, insiste son avocate. Pour cela, il a beaucoup emprunté. 76'000 francs à son frère, tout d’abord. 50'000 francs à un beau-frère. 100'000 francs à ses propres parents. Il a même demandé un crédit à la consommation de plus de 40'000 francs.

Il y aura d’autres emprunts, car le prévenu ira également taper dans la caisse du deuxième bistrot en 2014. Mais deux contrôles de la TVA, en 2014 et en 2018, pointent plusieurs irrégularités. Les bandes de contrôle des caisses enregistreuses ne concordent pas avec les écritures comptables. Or, le prévenu est responsable de la comptabilité entre 2012 et 2016, d’après leur fiduciaire. L’accusé s’en défend. Il n’aurait eu un accès complet aux comptes que jusqu’en 2013, puis partiellement en 2014. Les bandes étaient retranscrites sur un livre de caisse, avant d’être reportées dans la comptabilité. Il admet avoir pu commettre des erreurs, mais non délibérément.


Victime ou pigeon ?

Les plaidoiries ont dressé deux portraits bien différents des protagonistes. Pour la défense, le prévenu n’est que le dindon d’une farce élaborée astucieusement par son ancienne épouse, avec pour objectif de vendre l’un des restaurants à un proche. Elle met aussi en doute le travail de la police qui n’a pas su produire de document probant. Ainsi, elle conteste toutes les charges qui pèsent sur son client. Ce dernier est aujourd’hui désintoxiqué, a retrouvé du travail et une nouvelle compagne. Elle requiert qu’aucune infraction ne soit retenue contre lui et qu’il soit acquitté sur toute la ligne.

Pour la partie plaignante, le prévenu est incapable de se remettre en question et ne démontre que peu de regrets. Ce sont ses addictions qui ont généré le train de vie qui l’a conduit à cette situation. « Il ne mérite aucune considération ou protection pour ce qu’il a fait subir à ma cliente », a martelé l’avocate. Son ancienne épouse a tout fait pour le soutenir, jusqu’aux tout derniers instants. Ainsi, il est demandé que tous les faits reprochés soient retenus à l’encontre de l’accusé. La partie plaignante ne se prononce pas sur l'étendue de la peine et s'en remet aux réquisitions du Ministère public. Elle requiert par ailleurs le remboursement des frais de toute la procédure qu’elle estime à plus de 42'000 francs.

La lecture du jugement aura lieu mardi. /dsa


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