Un rapport confidentiel accable des théâtres neuchâtelois

Plusieurs institutions subventionnées par le Canton n’ont pas joué leur rôle de redistributeur ...
Un rapport confidentiel accable des théâtres neuchâtelois

Plusieurs institutions subventionnées par le Canton n’ont pas joué leur rôle de redistributeur de l’argent public entre 2015 et 2019, estime un rapport indépendant. Notre enquête

Le Théâtre populaire romand engage trop peu de Neuchâtelois, selon l'auteur du rapport.  Le Théâtre populaire romand engage trop peu de Neuchâtelois, selon l'auteur du rapport. 

« Où sont passés les professionnels du théâtre neuchâtelois ? » C’est le titre d’un rapport indépendant commandé par l’association des professionnels du théâtre neuchâtelois, Théâtre ProNE. Le document confidentiel, que RTN a pu consulter, a été réalisé par le spécialiste neuchâtelois en gestion culturelle, Mathias Gautschi. Il dresse une statistique de l’emploi dans les théâtres du canton entre 2015 et 2019. Ses conclusions sont sans équivoque : « les théâtres neuchâtelois n’engagent que très peu de professionnels neuchâtelois, et ne jouent pas leur rôle de redistributeurs des subventions publiques ».


Le TPR au cœur du débat

Une institution en particulier est montrée du doigt : le Théâtre populaire romand à La Chaux-de-Fonds. Chaque année, le TPR reçoit la subvention structurelle du Canton de Neuchâtel la plus importante dans le secteur des arts de la scène, à hauteur d’environ 500'000 francs. La Ville de La Chaux-de-Fonds lui octroie également plus d’un million.

Si cette institution reçoit un tel soutien des autorités, c’est notamment parce qu’elle assume le mandat de « centre neuchâtelois des arts vivants ». Et pourtant, relève le rapport, moins de 5 coproductions présentées chaque année au TPR sont des spectacles d’origine neuchâteloise. À titre de comparaison, deux tiers des 15 à 25 spectacles proposés par l’ABC à La Chaux-de-Fonds sont des créations régionales.


Pas assez de Neuchâtelois résidents

Autre point qui soulève des questions : le lieu de résidence des personnes engagées dans les spectacles programmés au TPR. Selon le rapport, entre 2015 et 2019, en moyenne 14,5% de Neuchâtelois ont pris part aux créations. C’est moins qu’à l’ABC et au Théâtre du Pommier (CCN), qui affichent respectivement 33,5% et 23,5%. Même le Théâtre du Passage qui ne reçoit pas de subvention structurelle cantonale fait mieux, avec 19,7%. 

La directrice du Théâtre Populaire Romand, Anne Bisang, explique ceci par sa volonté de miser sur la qualité plutôt que sur la quantité :

Interview de la directrice du TPR Anne Bisang


Une législation qui se fait attendre

Les fondations du « centre neuchâtelois des arts vivants » avaient pourtant été posées en 2011 déjà. Mais depuis, aucune convention concrète qui définit les missions du TPR vis-à-vis de la création cantonale n’a été élaborée. Plusieurs acteurs culturels nous ont confié être déçus du manque de transparence et de dialogue avec les autorités qui a prévalu, selon eux, depuis de nombreuses années. Au niveau politique, la députée socialiste au Grand Conseil Martine Docourt rappelle que la révision de la loi sur la culture est attendue depuis 2016.

La cheffe du service de la culture du canton de Neuchâtel, Marie-Thérèse Bonadonna, est en poste depuis 2019. Elle indique qu’elle « souhaite focaliser les discussions sur le présent et l’avenir ». Elle ne commente donc pas le travail de ses prédécesseurs. Mais elle souligne que la communication avec les acteurs culturels a récemment évolué de manière positive :

Interview de la cheffe du service de la culture Marie-Thérèse Bonadonna

Contacté, l’auteur du rapport Mathias Gautschi rejette les critiques sur la méthodologie employée dans son rapport. Il rappelle qu’il s’est basé sur des chiffres publics et demande donc au Canton de faire preuve de plus de transparence en partageant ses propres statistiques.

La position actuelle des autorités en revanche, est partagée par Théâtre ProNE. L’association des acteurs culturels avait pourtant commandé ce rapport il y a deux ans. Mais aujourd’hui, elle prend ses distances avec les conclusions avancées dans le document. Elle n’est pas d’accord avec l’analyse qui y est faite, raison pour laquelle ses membres avaient choisi de ne pas publier le rapport en l’état. Les explications de Garance La Fata, comédienne et membre de Théâtre ProNe: 

Interview de la comédienne et membre de Théâtre ProNE Garance La Fata

Interview de la comédienne et membre de Théâtre ProNE Françoise Boillat

Théâtre ProNE souligne que l’année dernière, de nombreux contacts ont été établis avec le Canton de Neuchâtel et les services culturels des villes. Une fête du théâtre programmée en juin est notamment en train d’être mise sur pieds. /ara-jha


 

Actualités suivantes

Articles les plus lus