Brutalité policière ou voies de fait ?

Le Tribunal de police de Neuchâtel doit arbitrer une cause qui oppose deux agents de police ...
Brutalité policière ou voies de fait ?

Le Tribunal de police de Neuchâtel doit arbitrer une cause qui oppose deux agents de police à un homme accusé de violence et d’injures à leur encontre. Ce dernier conteste les faits et leur reproche une arrestation trop musclée

Le Tribunal de police de Neuchâtel rendra son verdict vers la fin du moins d'avril. (photo : archives) Le Tribunal de police de Neuchâtel rendra son verdict vers la fin du moins d'avril. (photo : archives)

C’est l’histoire d’une escalade. Trois hommes ont comparu jeudi devant le Tribunal de police à Neuchâtel. Les trois individus sont à la fois prévenus et plaignants dans cette affaire qui oppose deux policiers à un agent d’assurances quinquagénaire. La Cour va devoir déterminer si les forces de l’ordre ont péché par excès de zèle lors de cette interpellation. Ou, au contraire, si ce dernier a eu un comportement agressif et tout sauf coopératif.

Les faits se sont déroulés en août 2019. Alors qu’un assureur se baladait avec son amie, tard dans la nuit, en ville de Neuchâtel, deux agents de police se seraient approchés de lui pour un contrôle d’identité.

Selon eux, au contraire, l’individu les aurait apostrophés, alors qu’ils patrouillaient à bord de leur véhicule, en les gratifiant d’un « ils ne voient pas que c’est une zone piétonne, bande de connards ». Une version que conteste l’intéressé.

Les deux agents ont réagi en lui demandant une pièce d’identité, que celui-ci n’a pas pu fournir. Il a en revanche remis sa carte bancaire. La rencontre s’est alors progressivement envenimée.

Les deux parties s’accusent mutuellement d’agressivité et de violence. D’un côté, notre assureur aurait persisté avec des propos injurieux, des menaces et aurait giflé l’un des policiers. De l’autre, les forces de l’ordre auraient abusé de leur autorité et malmené le quinquagénaire lors de son interpellation.

Son comportement, jugé menaçant, aurait ainsi conduit à son arrestation. Celle-ci aurait nécessité un placage au sol et un menottage ; une intervention qui a entraîné plusieurs lésions corporelles, dont la déchirure de deux tendons à l’épaule droite. L’assureur se plaint également d’avoir souffert d’une plaie à l’arcade sourcilière, provoquée au poste de police lors d’un placage intentionnel contre l’une des parois de l’ascenseur. Les policiers contestent cette version. La plaie serait plutôt le fruit du placage au sol sur les lieux de l’arrestation.

Le quinquagénaire a passé la nuit en cellule. Il est à préciser qu’un test à l’éthylomètre a révélé un taux d’alcool de 0,46 mg/l ou 0,92 ‰.


S'agit-il d'une bavure...

« La police a-t-elle outrepassé ses droits ? ». Cette question ouvre la plaidoirie de l’avocat de l’assureur. Pour le magistrat, la situation est peu claire. Il reproche notamment au Ministère public d’avoir demandé des rapports écrits aux agents sur la situation, ce qui leur aurait ainsi permis d’accorder leurs violons. Il estime qu’il s’agit là « d’une violation crasse des droits de la défense ».

L’avocat considère également qu’il est primordial de déterminer à quel moment son client fourni sa carte bancaire aux agents de police. Ces derniers n’ont plus souvenir de ce fait. Or l’acte est important puisqu’il indique que l’interpelé se soumet au contrôle d’identité, et donc que l’affaire s’arrête là. Et le magistrat de rappeler que « la police n’est pas là pour punir, mais pour constater l’infraction ».

Ainsi, la défense de l’assureur demande à ce que ce dernier soit acquitté de toutes les charges qui lui sont imputées. Il demande en outre qu’il puisse bénéficier d’une indemnité.

En ce qui concerne les agents de police, il maintient la plainte de son client : abus d’autorité et lésions corporelles.


...ou d'un concours de circonstances ?

La défense des policiers qualifie les faits « d’enchaînement triste et malheureux », dont la première injure a été le déclencheur. Pour l’avocat, les agents ont pour tâche de patrouiller la nuit et d’effectuer un travail de contrôle. Ainsi, s’ils ont décidé d’intervenir cette nuit-là, c’est « parce qu’ils avaient des raisons de le faire ». Il s’est également penché sur la blessure à l’arcade et remet en question la version du plaignant adverse. Il souligne d’ailleurs que le constat médical fait mention d’une plaie suturée. Nous aurions alors affaire à une blessure plus ancienne qui s’est rouverte durant l’intervention de ses clients.

Ainsi, l’avocat demande d’en rester aux réquisitions du Ministère public et d’acquitter les deux agents. Il réclame de plus que l’autre plaignant soit condamné à verser une indemnité.

Le Tribunal de police de Neuchâtel devrait rendre son verdict à la fin du mois. /dsa


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