C’est l’histoire de l’abuseur abusé qui a occupé le Tribunal du Littoral et du Val-de-Travers à Boudry, jeudi matin. Un homme a été condamné à 12 mois de peine privative de liberté avec sursis de trois ans pour des actes d’ordre sexuel avec un enfant. En 2010, il aurait abusé quatre fois de son petit voisin âgé de 9 ans au moment des faits. De son côté, l’adolescent a lui aussi été poursuivi récemment pour des faits similaires commis sur son demi-frère. Le jugement a été rendu alors que le prévenu invoquait une amnésie due à une grande consommation de stupéfiants et d’alcool.
L'abuseur abusé
Dans cette histoire sordide, il y a Cédric* qui a passé une adolescence difficile et qui se trouve actuellement en foyer. Ce dernier a abusé de son demi-frère en 2015. Alors qu’il avouait les faits, il remonte finalement dans ses souvenirs et décide de s’ouvrir sur les abus qu’il a lui-même subis.
Le prévenu - qui était son voisin - lui a montré plusieurs fois des films pornographiques alors qu’il allait chez lui pour jouer aux jeux vidéo. C’est à ce moment qu’il a initié des actes sexuels. Tout au long de l’année, l’enfant aurait été touché au moins quatre fois puis pénétré. Il se serait ensuite refermé sur lui-même sans ne jamais rien dire à ses parents. Une version, qui si elle n’est pas contestée par le prévenu, n’a pas pu être vérifiée. En effet, ce dernier avance une profonde amnésie et un black-out total sur certaines périodes de sa vie.
Une existence abracadabrantesque
Dans son interrogatoire, le prévenu qui est à l’AI a invoqué des problèmes neurologiques à la suite d’une chute dans sa jeunesse. Lors de son audition, il a dressé son parcours de vie digne d’un mauvais roman : formé dans les commandos suicide de l’armée de terre française, il aurait déserté alors qu’il devait partir pour la guerre du Golfe. Après une période d’errance teintée de stupéfiants et d’alcoolisme entrecoupé de brigandages et de filouteries, il aurait fait des tentatives de suicide et ce à cause d'un mariage avorté.
Le prévenu a notamment relaté qu’il avait sauté depuis un pont de la région et qu’il en avait miraculeusement réchappé, qu’il se serait couché sur les rails du train alors que ce dernier était finalement passé à côté et qu’il se serait jeté dans le lac - lesté avec un sac de pierres – alors qu’un gendarme l’aurait sauvé en le ramenant « du fond ». Il aurait en outre fait partie d’une secte satanique en se réclamant de dieu et en affirmant avoir des pouvoirs magiques. Des éléments relatés lors de son expertise psychiatrique.
Des actes qui lui sont reprochés, il dit ne rien en savoir. Selon lui, cela serait lié à sa consommation de stupéfiants et d’alcool dans une période très sombre de sa vie. Il ne se souvient pas bien ou pas du tout. Par contre, il avoue que dans sa situation, il aurait pu commettre ces actes et que le plaignant n’est pas un menteur. Il a dit en outre regretter amèrement ces abus en cas de les avoir commis.
Amnésie ou non ?
Dans son court réquisitoire, le Ministère public a avancé qu’il était difficile de se prononcer sur la crédibilité de cette affaire. Mais que si l’amnésie était retenue, une peine privative de 12 mois avec deux ans de sursis et avec un suivi thérapeutique devait être appliquée. De son côté, la défense demandait l’acquittement ou si l’amnésie était retenue - et donc les faits - une peine moins lourde que celle requise par le procureur, en vertu des années écoulées depuis les faits.
Pour le tribunal, il n’y a pas le moindre doute que Cédric * a été victime du prévenu. Le témoignage du plaignant semble véridique et son intention n’est pas de causer du tort, mais de se libérer d’un poids. Malgré l’amnésie invoquée par le quinquagénaire, les faits sont trop détaillés et la version n’a pas évolué durant les trois ans d’instruction. De plus, la saisie de matériel pédopornographique et à caractère zoophile sur l’ordinateur du prévenu ne fait que renforcer le sentiment de culpabilité.
Enfin, pour expliquer la quotité de la peine, le juge a assuré que si les actes avaient été commis plus récemment, la peine aurait été plus lourde. Les circonstances et la forme d’aveu ont motivé le choix final.
Autre charge abandonnée
Dans le même temps, l’homme a échappé à une peine plus lourde vu qu’il était aussi accusé d’acte d’ordre sexuel avec une personne incapable de discernement. Mais le léger retard mental de la victime, âgée de 17 ans au moment des faits, n’était pas recevable. La justice exige une totale incapacité de discernement ou de résistance. la peine finale sera toutefois assortie d’un traitement thérapeutique pour soigner ses problèmes sexuels. /jha
*prénom d'emprunt









