L’agriculteur des Brenets condamné l’année passée pour lésions corporelles graves par négligence et pour avoir employé un étranger au noir comparaît à nouveau devant la justice. Jeudi matin, face à la Cour pénale neuchâteloise, il a clamé son innocence
Retour devant les tribunaux pour l’un des deux agriculteurs des Brenets condamnés pour avoir employé un étranger au noir. L’été passé, il avait écopé de 8 mois de prison pour lésions corporelles graves par négligence et occupation d’étrangers non autorisés à travailler par le Tribunal des Montagnes et du Val-de-Ruz. En 2017, le plaignant avait chuté lourdement dans la grange lors de son service, ce qui lui a créé des dommages irréversibles. Mais jeudi matin, après avoir fait appel, l’agriculteur a clamé son innocence devant les juges cantonaux.
Un complot
« Je suis choqué et révolté, car j’ai été accusé comme un moins que rien et un brigand alors que tout est faux ». Durant l'audience, le prévenu a soutenu mordicus qu’il n’avait jamais employé le plaignant. Selon lui, il a fait sa connaissance dans un établissement du Bas du canton. Ils auraient ensuite sympathisé alors que l’agriculteur s'y rendait le dimanche après-midi pour écouter de la musique.
Selon le prévenu, une dizaine de jours avant les faits, l’étranger lui aurait dit qu’il ne savait pas où se loger, alors il l’a hébergé. « Les journées étaient assez tranquilles » raconte le prévenu. « On écoutait de la musique et buvait des cafés. Il était intéressé à voir comment tournait la ferme, mais il n’a jamais travaillé sur l’exploitation » a-t-il assené.
Une histoire de chat
Alors que le tribunal de première instance avait jugé que l’accident survenu au plaignant était lié au travail, l’agriculteur a donné sa propre version. Selon lui, il y avait plusieurs chats à la ferme qui venaient manger tous les jours à la fenêtre de la cuisine. Son invité leur donnait à manger, « par plaisir ». Et un jour, alors qu’il en manquait un, ce dernier se serait inquiété de savoir où il se trouvait. C’est ainsi qu’en allant dans la grange, il aurait chuté par une trappe laissée ouverte pour aérer l’étable et se serait blessé. L'agriculteur lui aurait ensuite prodigué quelques soins en pensant que sa blessure n'était pas grave avant que finalement son invité n'appelle l'ambulance.
Le prévenu a ensuite terminé son audition en déplorant sa situation personnelle. « Les voisins me regardent de coin. Les gens ont du mépris et je vis désormais dans l’isolement. »
20 mois de prison requis
Dans les plaidoiries, la défense a demandé la relaxation pure et simple du prévenu. L'avocate a plaidé que l’agriculteur était un bouc émissaire en ce qui concerne la problématique du travail au noir. « Tout ce qui pouvait être retenu contre mon client l’a été ». De plus, de nombreux témoins proches n’auraient jamais vu le plaignant travailler dans l’exploitation. Ce dernier aurait été victime d'une machination pour lui nuire.
De son côté, le Ministère public a déclaré que si le plaignant n’avait pas eu un accident, il serait toujours employé de manière abusive par l’agriculteur. Selon la procureure, ce malheureux drame a permis de mettre fin à des agissements illégaux. Concernant le prévenu et sa version des faits, le Ministère public a avancé qu’il n’avait vraiment pas froid aux yeux et qu’il faisait preuve de mauvaise foi. C’est pourquoi, la procureure estime que la première peine était trop légère et requiert une peine de 20 mois de prison avec sursis pendant 4 ans.
Enfin, pour l’avocate de la partie plaignante, la version du chat est farfelue et toutes les charges doivent être retenues contre l’agriculteur en suivant la peine requise par le Ministère public.
Le jugement sera rendu ultérieurement. /jha









