Migrants, mineurs et prêts à apprendre

Le Canton de Neuchâtel est face à un défi : celui de former et d’intégrer professionnellement ...
Migrants, mineurs et prêts à apprendre

Mineurs non accompagnés, CEFNA, Centre de formation neuchâtelois pour adultes, Laurence Bingelli, Thomas Althaus La classe Pré Jet de Laurence Binggeli au CEFNA, le Centre de formation neuchâtelois pour adultes, accompagnée de Thomas Althaus, responsable de secteur au CEFNA.

Le Canton de Neuchâtel est face à un défi : celui de former et d’intégrer professionnellement les mineurs non accompagnés qui sont accueillis sur sol neuchâtelois. Leur intégration passe en premier lieu par un apprentissage du français.

Ces jeunes suivent pour la plupart des cours de langue au CEFNA, le Centre de formation neuchâtelois pour adultes, dans le cadre de classes Pré Jet (Jeunes en transition). Le CEFNA compte trois sites, à Neuchâtel, au Locle et à La Chaux-de-Fonds. Pour l’heure, six classes de ce type sont ouvertes dans le Canton, comptant une quinzaine d’élèves chacune en moyenne. Vingt à 25 personnes sont sur une liste d’attente pour y accéder ; une attente qui peut durer jusqu’à six mois. Les cours se tiennent tous les matins du lundi au vendredi. Quelques mineurs non accompagnés sont également scolarisés dans des collèges chaux-de-fonniers.

Certains élèves partent de zéro, n’ayant jamais été scolarisés ou très peu. Laurence Binggeli, enseignante au CEFNA, recourt par exemple aux images et à la musique pour pousser ses élèves à prendre la parole, en français, et à décrire ce qu’ils voient ou ce qu’ils entendent ; une manière ludique d’intégrer du vocabulaire et de former des phrases simples.

Au-delà des cours de français, ces jeunes doivent intégrer les règles à respecter à l’école : arriver à l’heure, participer à tous les cours ou encore prendre soin du matériel.

Frédéric Schallenberger, OPE, Office de protection de l'enfant, MNA, Mineurs non accompagnés Frédéric Schallenberger, chef de l'Office de protection de l'enfant.

Recherche familles d’accueil

Le Canton de Neuchâtel a pris une première mesure en matière de logement pour les mineurs non accompagnés. Ceux-ci ont pour la plupart été réunis au centre de La Ronde à La Chaux-de-Fonds depuis fin avril, après avoir séjourné dans les centres de Fontainemelon et de Couvet. La situation n’était pas adéquate jusque-là selon le Conseil d’Etat puisque, dans ces deux centres, les migrants mineurs étaient confrontés à la minorité de requérants d’asile qui pose problème, notamment en matière de drogue et de vol.

À la Ronde, les mineurs non accompagnés logent avec quelques familles de requérants d’asile. Deux éducateurs ont également été engagés pour les épauler. Certains jeunes ont été placés dans des familles d’accueil ou dans des institutions spécialisées. Il manque actuellement encore une vingtaine de familles d’accueil. L’Office de protection de l’enfant lance un appel en ce sens et invite toute personne intéressée à prendre contact avec l’OPE.

Le Conseil d’Etat réfléchit par ailleurs à augmenter temporairement la capacité d’accueil de certaines institutions comme la Fondation Sombaille jeunesse qui abrite déjà des mineurs non accompagnés.

 

Chaque élève semble par ailleurs avoir une idée claire sur ce qu’il veut faire à l’avenir : mécanicien, juge ou peintre. L’encadrement qui leur est assuré jusqu’à 18 ans vise en effet à mettre sur pied un projet professionnel afin que chacun trouve sa voie sur sol neuchâtelois et surtout « retrouve sa valeur, une estime de soi », première thérapie aux traumatismes vécus sur le chemin de l’exil, selon Frédéric Schallenberger, chef de l’Office de protection de l’enfant (OPE) qui joue le rôle de tuteur auprès de ces jeunes.

S’adapter aux nouveaux profils de ces migrants mineurs

Selon Frédéric Schallenberger, le nombre d’arrivées de mineurs non accompagnés reste globalement stable au fil des ans dans le Canton de Neuchâtel. Il évoque une centaine de mineurs non accompagnés pris en charge par année en moyenne.

Le Conseil d’Etat neuchâtelois faisait de son côté part d’une augmentation entre 2014 et cette année parmi les mineurs séjournant en premier accueil.

Pour Frédéric Schallenberger, c’est avant tout le profil de ces migrants mineurs qui a changé. Ces jeunes sont souvent plus âgés que par le passé, proches de l’âge adulte, et déscolarisés depuis plusieurs années en raison des guerres qui frappent leur pays comme la Somalie, l’Erythrée, l’Éthiopie ou l’Afghanistan. Ceux-ci ont erré, sans famille, pendant un certain temps avant d’arriver en Suisse, ce qui rend plus difficile leur accompagnement selon le chef de l’Office de protection de l’enfant. À ses yeux, il faut réfléchir à d’autres programmes, plus adaptés à ces situations nouvelles et qui miseraient davantage sur l’apprentissage de la langue dans une orientation déjà pratique, professionnelle.

« Le temps de prise en charge d’un mineur non accompagné tend aussi à diminuer », explique Frédéric Schallenberger. L’encadrement se fait en effet jusqu’à 18 ans et beaucoup de jeunes arrivent à l’âge de 16-17 ans, ce qui raccourcit la période à disposition pour leur enseigner le français et mettre en place un projet professionnel. /sbe

Reportage au sein de la classe de Laurence Binggeli, enseignante de français pour les mineurs non accompagnés au CEFNA (son disponible uniquement depuis la version classique du site Internet):

Trois élèves, mineurs non accompagnés, scolarisés au CEFNA à Neuchâtel. Trois élèves, mineurs non accompagnés, scolarisés au CEFNA à Neuchâtel.


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