« Des peines astronomiques et surréalistes »

Les dernières plaidoiries se sont tenues ce mercredi matin devant le Tribunal criminel à La ...
« Des peines astronomiques et surréalistes »

Les dernières plaidoiries se sont tenues ce mercredi matin devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Cinq personnes, dont l’ancien chef de la bande Jamahat, comparaissent notamment pour trafic de stupéfiants. Certains avocats de la défense estiment que le Ministère public a requis des peines ahurissantes. Verdict le 5 décembre.

L'audience s'est tenue au Tribunal criminel des Montagnes et du Val-de-Ruz à La Chaux-de-Fonds. (Image d'archives) L'audience s'est tenue au Tribunal criminel des Montagnes et du Val-de-Ruz à La Chaux-de-Fonds. (Image d'archives)

Place aux trois dernières plaidoiries ce mercredi devant le Tribunal criminel à La Chaux-de-Fonds. Cinq personnes comparaissent depuis lundi, dont l’ancien chef de la bande Jamahat. Ils sont prévenus de trafic de stupéfiants, recel, blanchiment d’argent ou encore escroquerie. Deux avocats ont déjà plaidé mardi, demandant de revoir à la baisse les peines requises lundi par le Ministère public. Elles vont de 15 ans et 8 mois de prison à 18 mois avec sursis.


La fureur de vivre

« Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre », c’est avec cette phrase culte du film de James Dean qu’un des avocats a commencé sa plaidoirie. Son client admet les faits qui lui sont reprochés, mais pas tels que décrits dans l’acte d’accusation. Il a certes participé à un trafic de cocaïne et de marijuana, trafic mis sur pied pour financer sa propre consommation de stupéfiants. En ce qui concerne les quantités de drogue vendues, il s’en remet aux calculs de la police, mais dans la fourchette basse, c’est-à-dire 95kg de marijuana et 700 grammes de cocaïne, selon l’acte d’accusation. Son avocat est longuement revenu sur la situation personnelle de son client. « Quand je l’ai rencontré, il était dans un triste état, avec des problèmes de santé, de dépression, triste et fatigué. Il pensait mourir en prison. Mais aujourd’hui, il a remonté la pente. Et c’est l’homme de 2025 que vous devez juger. » Un homme qui se soigne de sa toxicomanie. Les mesures de substitution mises en place depuis sa sortie de prison portent leurs fruits. L’homme a trouvé un travail et soigne son addiction. En ce qui concerne la revente d’une montre, l’avocat relève que son client n’a pas tenté de tromper son acquéreur puisqu’il était « clair depuis le début qu’elle n’était pas authentique ».

Alors que le procureur avait requis une peine de six ans et un mois de prison, son avocat plaide pour une peine de trois ans et demi, moins les jours de détention et ceux réalisés à l’extérieur avec des mesures de substitution, soit 697 jours. Il demande de suspendre la peine restante au profit d’un traitement ambulatoire. « Aujourd’hui, il a le bon traitement et se bat pour rester dans le droit chemin. » L’avocat demande à la Cour de lui donner une chance de poursuivre sur sa bonne lancée.


Des écoutes illégales ?

Le 4e prévenu est lui aussi accusé de trafic de cocaïne à hauteur de 500 grammes. Ce que l’homme réfute. Il admet 30 grammes et 5 grammes « pour dépanner ». Son avocat est longuement revenu sur les près de 700 conversations enregistrées et portées au dossier et sur lesquelles se basent une partie de l’acte d’accusation. Pour lui, elles sont illégales puisque certaines ont été réalisées dans des voitures qui ont passé la frontière suisse, notamment en France. Ce à quoi le procureur a répliqué qu’il avait fait une demande d’entraide judiciaire et qu’il l’avait obtenue. Qu’à cela ne tienne ! Pour l’avocat, il est ici question d'une bande avec des ramifications internationales. Il y a donc forcément des enregistrements ailleurs qu’en France. Il est aussi revenu sur la situation personnelle de son client. Il travaille et il est très apprécié de ses employeurs. Le procureur a requis 36 mois de prison, dont 18 mois ferme. Son avocat demande une peine compatible avec le sursis et de renoncer à son expulsion.


Son seul tort est d’avoir aimé le mauvais homme

L’avocat de la maitresse du principal prévenu a qualifié la peine requise par le procureur pour sa cliente de surréaliste. Il demande son acquittement sur toute la ligne. Le Ministère public lui reproche d’avoir pris à son nom un local dans lequel son amant a fait des cultures de cannabis. C’est vrai, relève l’avocat, mais elle pensait qu’il y avait des activités de polissage. « Elle ne savait pas ce qu’il s’y déroulait. »  La jeune femme admet aussi avoir gardé de l’argent chez elle pour son conjoint, mais elle pensait qu’il provenait d’activités tout à fait légales. « Son tort, relève son mandataire, c’est d’avoir cru qu’elle avait devant elle un multi-entrepreneur ». Il lui a fait miroiter des projets immobiliers en Allemagne qui devait lui rapporter un à deux millions de francs. L’avocat nie aussi les avantages qu’elle aurait reçus de son amant, notamment la somme de 10'000 francs « qui sort d’on ne sait où ». Pour la défense, la jeune femme n’a pas sa place dans un tribunal. « Ce n’est ni une criminelle ni une complice. (…) Elle a juste aimé le mauvais homme. » Le Ministère public a requis à son encontre 15 mois de prison avec sursis. Son avocat demande réparation « car elle a été privée de liberté sans fondement pendant 45 jours. » Une incarcération qui lui a occasionné une perte de gain de plus de 9'000 francs, car elle n’a pas pu se rendre à son travail.


Les derniers mots aux prévenus

Comme il est de coutume, les prévenus peuvent s’exprimer une dernière fois avant que les juges ne délibèrent. Mais avant cela, les avocats et le Ministère public ont encore pu prendre la parole. Le procureur a soutenu, comme expliqué plus haut, que les écoutes étaient bel et bien légales. Il s’est aussi dit fâché dans l’inconsistance des dires de la défense et du fait que les avocats du principal prévenu avaient dit du Ministère public qu'il avait requis « la torture ». Les avocats ont répliqué que le fait d’expulser leur client en Tchétchénie revenait « à l’exposer sans l’ombre d’un doute à la torture ou à sa disparition. » Ils ont une nouvelle fois qualifié la peine de 15 ans et huit mois de prison d'astronomique.

Le principal accusé a admis « avoir merdé » et a demandé pardon à toutes les personnes qu’il a blessées et lésées. Il estime aussi que le Ministère public s’est acharné sur lui, son ex-femme et sa compagne.

Le verdict sera rendu le 5 décembre. /sma


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