La Swiss Football League entend ouvrir le débat sur les surfaces de jeu et discuter de l’obligation pour les clubs des deux ligues professionnelles d’évoluer à l’avenir sur des pelouses naturelles. A Neuchâtel, tant Xamax que la Ville s’y opposent fermement.
Voilà une idée qui ne séduit absolument pas, ni Neuchâtel Xamax ni la Ville, propriétaire du stade de La Maladière. L’interdiction de jouer des matches de Swiss Football League (SFL) sur des terrains synthétiques. Le pavé dans la mare a été lancé par le directeur de la SFL Claudius Schäfer dans le journal « 24 heures » au début du mois. Il évoque une nouvelle stratégie pour les années 2028 et les suivantes. « De toutes parts, il est demandé aux clubs professionnels de Super League et de Challenge League de renoncer à l’avenir à un gazon 100% synthétique dans une période transitoire réaliste. Ou d’éventuellement soutenir financièrement les clubs disposant d’un gazon naturel, les coûts d’entretien étant élevés », peut-on lire dans le quotidien vaudois.
Qu’en pensent Xamax et la Ville de Neuchâtel ? « Idée absurde », répondent en cœur les dirigeants du club « rouge et noir » et les autorités communales.
« Un casse-tête » pour Xamax
Le directeur général de Neuchâtel Xamax, Tiziano Sorrenti, relève tout d’abord « l’outil exceptionnel » que représente La Maladière. Avant de poursuivre que « les coûts d’entretien exploseraient » avec une pelouse naturelle. Ce que confirme Patrick Pollicino, le chef du Service des sports de la Ville, qui parle « de coûts démultipliés » parce qu’il deviendrait également « nécessaire de construire un terrain de football supplémentaire pour répondre aux besoins. » Tiziano Sorrenti énumère encore « la réduction du nombre d’équipes qui s’entraînent à La Maladière » pour préserver la qualité de la pelouse pour les matches de championnat. « Et nous serions dépendants de la météo », ajoute-t-il. « Alors qu’un synthétique peut être utilisé toute l’année ». Il faut également savoir qu’il n’y pas que la première équipe qui foule le stade chaque jour, mais aussi les équipes des moins de 19 ans et 17 ans, ce qui signifie tout de même en moyenne trois entraînements quotidiens.
D’ailleurs, pour ralentir l’usure du nouveau tapis posé en 2022, les autres équipes juniors de Xamax s’entraînent désormais à Pierre-à-Bot pour les M16, M15 ainsi que les filles et au Chanet pour le Footeco (les catégories pré-élitaires qui vont des M12 au M14). « C’est déjà un casse-tête aujourd’hui pour planifier toutes ces équipes, alors imaginez si un gazon naturel devait être posé », lance Tizanio Sorrenti, précisant qu’il n’y a pas « non plus 20 terrains à disposition sur le territoire communal. »
Tizanio Sorrenti : « Je n’ai rien contre le gazon naturel, mais je pense qu’aujourd’hui la mise en place d’une telle pelouse à Neuchâtel est tout simplement absurde. »
La Ville « remontée » contre l’idée
Du côté de la Ville de Neuchâtel, même son de cloche. Si la SFL devait décider d’une interdiction, « On ne serait pas content du tout », clame Nicole Baur, conseillère communale en charge des sports. « Le synthétique a été changé il y a trois ans seulement et avec un crédit important d’un demi-million. Donc, je me verrais mal revenir maintenant vers le Conseil général demander un crédit pour une pelouse naturelle. » Et Nicole Baur d’aller dans le sens de Xamax sur le temps de jeu réduit qu’impose de la vraie herbe « alors qu’on arrive juste à répondre aux besoins des clubs. »
Nicole Baur : « Ce serait vraiment malvenu de la part de la Swiss Football League d’exiger que ces pelouses soient naturelles. »
Des décisions prises dans le dos des Communes
Le courroux de Nicole Baur s’adresse également et plus largement aux différentes fédérations sportives. « Il y a une certaine bronca des collectivités publiques et des Communes qui sont les propriétaires des infrastructures sportives, car leurs exigences notamment techniques ne cessent de croître. Or, c’est facile, mais ce ne sont pas les fédérations qui paient ! »
« Les Communes n’en peuvent plus et aimeraient bien être consultées et participer aux discussions. »
Un gazon naturel synonyme de relégation en 3e division pour Xamax ?
Et si finalement la SFL décide d’imposer les pelouses naturelles à ses clubs, que se passerait-il ? Tiziano Sorrenti n’y va pas par quatre chemins : « On serait confronté à un réel problème et cela poserait la question de la participation de Xamax au championnat. » Et d’ajouter « que d’autres clubs suisses se trouveraient dans la même situation. »
Tiziano Sorrenti : « En tant que locataire des installations, Xamax dépend des décisions prises par les autorités compétentes. »
Les propos de Nicole Baur ne vont pas rassurer les dirigeants xamaxiens. En cas d’interdiction du synthétique « ce serait vraiment très très difficile. Je ne sais pas ce qu’il se passerait », explique la conseillère communale, avant de renchérir. « Sincèrement, je ne sais même pas si l’exécutif accepterait de proposer au parlement une demande de crédit pour changer la pelouse. Ça me parait tellement déplacé et absurde. »
Nicole Baur : « Je pense que la Ville de Neuchâtel ne sera pas la seule à s’ériger contre une telle interdiction. »
Les discussions ne sont pas encore ouvertes au sein de la SFL. Mais, les débats s’annoncent d’ores et déjà tendus entre les intérêts sportifs et économiques des clubs et ceux des Communes. Ces dernières pourraient bien avoir le dernier mot sur le sort et l’avenir de certains clubs si une interdiction des pelouses synthétiques venait à devenir une réalité dans le foot pro. /jpp













