Escroquerie : la défense joue sur la crédulité et la montre

La défense a commencé à plaider dans le procès fleuve pour escroquerie qui se déroule au Tribunal ...
Escroquerie : la défense joue sur la crédulité et la montre

Tribunal boudry

Un prévenu qui éclate en sanglots, des juges lessivés, un procureur soulagé d’en avoir fini et des avocats à court de salive : voilà le tableau final des dix jours d’audience qui ont occupé le Tribunal criminel de Boudry, dans une vaste affaire d’escroquerie. Autant dire que les fenêtres étaient grandes ouvertes au moment de quitter la pièce.

Dix jours durant, à plein temps, la justice s’est penchée sur le cas de deux escrocs présumés qui auraient, entre 1999 et 2007, acheté et revendu des commerces en empochant quelques centaines de milliers de francs illégalement au passage. La liste des plaignants est riche d’une quarantaine de noms.

L’avocat d’un premier prévenu, dont le rôle est secondaire, a plaidé pour l’acquittement.

 

Facit indignatio versum...

Pour les cas les plus importants, un refrain récurrent a été joué sans cesse dans ce procès : le principe de célérité, bafoué selon la défense, respecté selon le procureur.

Il faut dire que la procédure s’est étalée sur 15 ans. L’instruction a été difficile, les plaintes se sont ajoutées au dossier, et le procès a été reporté à plusieurs reprises. Résultat : bon nombre de faits sont aujourd’hui prescrits et les peines ne peuvent pas être très lourdes.

Cette notion de principe de célérité a fait le beurre de la défense. L’avocat du principal prévenu s’est appuyé dessus pour demander 9 mois avec sursis, subsidiairement 18 mois avec sursis. Son client ayant disparu du paysage depuis le début de l’année, il sera jugé par défaut. « Sa fugue ne joue pas en sa faveur, c’est vrai, mais il a une peur bleue de la prison. C’est le seul à avoir fait de la préventive, il sait ce que c’est ! », a argumenté Me David Erard.

Autre avocat de la défense, mais pour le second prévenu, (bel et bien assis sur sa chaise celui-là), Me Jean-Claude Schweizer a plaidé pour un acquittement général. « Je fais ce métier depuis 30 ans et ce dossier a occupé la moitié de ma carrière ». Selon le notable, une instruction qui dure 15 ans est tout simplement inadmissible. «  Cela a pour conséquence aujourd’hui que le tribunal est pratiquement déchu du droit de juger.  Il ne pourrait que libérer mon client de toute sanction, même en cas de culpabilité ».


Prévenu effondré

Le dernier mot est revenu au prévenu présent à l’audience. Bien habillé, brushing impeccable, bijoux en place, on a envie de dire que le proverbe L’habit ne fait pas le moine n’a jamais été aussi vrai qu’à ce moment-là.

Assis face à ses juges, l’homme bientôt sexagénaire a fondu en larmes, demandant pardon, mais ne se sentant pas coupable.

« Cette affaire a détruit ma vie et ma famille », a-t-il lâché entre deux sanglots. « Je n’ai rien fait, j’ai subi ».

Le prévenu n’a pas manqué, une dernière fois, de charger son complice évadé dans la nature. « J’ai fait entrer le loup dans la bergerie… et aujourd’hui j’ai le sentiment de vivre la plus grande injustice de ma vie ».

La Cour s’est donnée entre 2 semaines et un mois pour trancher. /abo


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