Plus de cinq heures de réquisitoire à Boudry !

Le Ministère public neuchâtelois a prononcé son réquisitoire dans la vaste affaire d’escroquerie ...
Plus de cinq heures de réquisitoire à Boudry !

Tribunal criminel Boudry L'entrée du Tribunal criminel de Boudry, où est jugée cette grosse affaire d'escroquerie.

Le Ministère public neuchâtelois a prononcé son réquisitoire dans la vaste affaire d’escroquerie qui occupe le Tribunal criminel de Boudry depuis deux semaines.

Il a fallu beaucoup de salive au procureur pour venir à bout de ses feuilles de notes. Après cinq heures et demie de réquisitoire ( !), Alain Badertscher retient de multiples chefs d’accusation dont l’escroquerie par métier et l’abus de confiance. Il demande 3 ans de prison ferme à l’encontre de Charles*, le principal prévenu, disparu de la circulation depuis février. Il requiert aussi 18 mois avec un sursis de 2 ans à l’encontre de Maurice*, son complice.

Les deux hommes sont prévenus d’avoir escroqué une quarantaine de personnes.

Entre 1999 et 2007, ils ont acheté puis revendu des commerces de la région en s’enrichissant illégalement. Au vu de la durée de l’instruction, plusieurs faits sont prescrits.

 

Enrichissement au détriment de personnes modestes

Pour ce qui est de Charles, le Ministère public n’a trouvé aucune circonstance atténuante de poids.  « L’homme a même continué à faire signer des contrats de courtage depuis sa cellule », a rappelé Alain Badertscher. Difficile de faire des comptes précis tant la comptabilité de la société gérée par les prévenus était opaque. « Mais on sait que l’enrichissement brut dépasse les 400'000 francs et que Charles a par exemple dépensé 106'000 francs en 15 mois uniquement pour ses besoins personnels ».

Autre chiffre vertigineux, celui des dommages subis par les victimes : s’il est quasi impossible à cerner de façon exacte, les calculs révélés par l’enquête font état de 924'000 francs. « La quasi-totalité des lésés ont perdu leur caisse de pension. Des couples se sont séparés, certaines personnes ont dû refaire une formation », a martelé Alain Badertscher. « Toutes ces personnes ne ressortiront pas intactes de cette affaire ».

Le Ministère public n’a pas manqué de rappeler la lâcheté de Charles, qui a disparu de la circulation après avoir retardé la procédure en brandissant des certificats médicaux. Il écope de la peine la plus lourde et sera condamné par défaut.

 

Maurice, sauvé par l'horloge

Pour ce qui est de Maurice, qui a toujours comparu face à ses juges, la peine est assortie d’un sursis en raison de la prescription de plusieurs faits. L’homme a également cessé ses activités illégales en 2003, ce qui doit jouer en sa faveur.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Le procureur l’a souligné : pour Maurice, « l’argent n’avait pas d’odeur, seule le chiffre d’affaire comptait ».

Maurice a couvert Charles, il a également tout fait pour noyer sa comptabilité.

 

Procédure de onze ans!

Ce procès est celui de tous les superlatifs. Si les chiffres avancés dans les sommes escroquées font frémir, le temps qu’a mis l’instruction à être bouclée fait lui aussi froid dans le dos : onze ans !

Renseignements pris, il s’avère que la comptabilité des escrocs présumés était tellement floue et difficile d’accès que les enquêteurs ont eu du fil à retordre. « Les recherches ont été longues, il a fallu investiguer puis instruire », explique Alain Badertscher.

Une fois le gros du travail réalisé, des plaintes se sont ajoutées au dossier déjà long de 7'000 pages. Lorsque le procès a enfin pu démarrer, les prévenus ont joué avec les expertises psychiatriques pour incapacité de comparaître. Il a fallu tout renvoyer et réorganiser les semaines de procès. « Avec huit avocats environ, ça fait un gros travail de planification et ça prend du temps », conclut le Ministère public. Ceci explique cela. /abo


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