Une démocratie pas si démocrate que ça

Sommes-nous certains d’avoir instauré un système démocratique réellement équitable ? Pas si ...
Une démocratie pas si démocrate que ça

Olivier Christin Olivier Christin a rédigé un livre sur l'essence de la démocratie.

Sommes-nous certains d’avoir instauré un système démocratique réellement équitable ? Pas si sûr, à en croire Olivier Christin.

Ce professeur d’histoire moderne à l’Université de Neuchâtel s’est penché sur le vaste sujet qu’est l’histoire du vote avant l'introduction du suffrage universel, de la Réforme protestante à la Révolution française.

Après 10 ans de recherches, celui qui est aussi directeur d’études à Paris présente Vox populi, un livre paru aux Editions du Seuil. L’ouvrage sera présenté lors d’une conférence lundi dès 19h à la librairie Payot de Neuchâtel.

 

Plusieurs démocraties

Pour Olivier Christin, la démocratie repose sur trois piliers : le vote majoritaire, le vote secret et un gouvernement représentatif. Or, l’erreur est de s’être arrêté à cette croyance absolue. La démocratie, selon ce professeur, ne doit pas être un chemin unique.

Pendant des siècles, on s’est battu pour une démocratie juste. Mais elle n’est jamais juste ou égalitaire ! raconte Olivier Christin. Et de poursuivre que le vote sert à trancher des camps. Tous les avis ne sont pas entendus et il y a toujours des gens qui restent avec un sentiment d’injustice.

 

Système tronqué

La démocratie a dévoilé ses charmes en Europe, continent qui est un espace de liberté, mais derrière ses plus beaux atours, la Belle peut aussi être vicieuse.

Elle peut par exemple faire croire à un système transparent alors qu’en déterminant un vote à la proportionnelle,  à la majoritaire ou la majorité des deux tiers, la donne peut radicalement changer. Suivant ce que l’on souhaite comme résultat, une méthode de vote nous donnera la victoire. Il n’y a donc pas de vraie démocratie là-dedans.

Prenons l’exemple de la France. Olivier Christin explique que certains élus sont des repris de justice, condamnés pour des délits donc. Or, le peuple n’a pas eu le choix : il a dû voter pour le seul candidat que lui proposait le parti auquel il s’associe.

Lors de l’élection de Georges W. Bush à la présidence des Etats-Unis, des bulletins de vote ont été perdus, d’autre manipulés. Bush a accedé au pouvoir avec moins de voix que son rival John Kerry. Ça veut tout dire, analyse Olivier Christin.

 

Retour aux anciennes méthodes

Aujourd’hui, certains penseurs commencent à se méfier des charmes de la démocratie.

La crise actuelle est telle qu’on a tendance à se retourner vers d’anciens systèmes comme le tirage au sort, plus égalitaire, raconte l’historien. Beaucoup de leaders invitent à refuser le système via l’abstentionnisme par exemple.

Si Olivier Christin ne propose pas de solutions pour une démocratie plus démocratique (Je suis historien, pas spin-doctor ! dit-il), il estime que le chantier de la démocratie ne doit pas s’arrêter là.

Le système idéal n’existe pas, mais il y a des voies pour tenter de l’atteindre. Par exemple en limitant la durée des mandats ou en interdisant leur cumul.

Et l’historien d’analyser qu’aujourd’hui,  on vit un peu la fin de cette démocratie. /abo


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