Nouvelle crise: les ministres du parti de Berlusconi démissionnent

Une énième crise gouvernementale a éclaté samedi en Italie avec la démission des cinq ministres du parti du Peuple de la Liberté (PDL, centre droit). Leur décision, inspirée par Silvio Berlusconi, a été qualifiée par le Premier ministre Enrico Letta de "geste fou et irresponsable".

Silvio Berlusconi avait indiqué samedi après-midi avoir demandé aux ministres PDL d'envisager une démission immédiate. Il juge qu'Enrico Letta a enfreint le "pacte de coalition" unissant le Parti démocrate (centre gauche, dont Letta est issu) et Peuple de la liberté.

Le Cavaliere lui reproche notamment d'avoir réclamé un vote de confiance au Parlement, qu'il qualifie d'ultimatum "inadmissible et inacceptable". Il le critique aussi pour avoir gelé dans l'intervalle toutes les décisions du gouvernement.

Hausse de la TVA

Vendredi, Enrico Letta était rentré précipitamment de New York pour affronter la crise politique. Il avait convoqué un conseil des ministres pour tenter d'obtenir des ministres PDL qu'ils entérinent des mesures budgétaires. Parmi elles figure relèvement du taux de TVA de 21 à 22%.

Cette hausse de la TVA, décidée par le gouvernement précédent, devait entrer en vigueur le 1er octobre. Toutefois, les ministres membres du PDL ont maintenu leur opposition. Leur parti a mené campagne contre le relèvement de la TVA.

A l'issue de ce conseil des ministres, Enrico Letta avait annoncé que toute décision sur les mesures budgétaires était suspendue en l'attente du vote de confiance.

Réaction cinglante

Dans un communiqué cinglant, M. Letta a réagi samedi soir à la démission des ministres PDL. "Pour chercher à justifier son geste fou et irresponsable, totalement destiné à protéger ses intérêts personnels, Berlusconi tente de retourner l'omelette" en utilisant l'alibi de la TVA, s'indigne le Premier ministre.

La responsabilité de l'augmentation de la TVA est au contraire celle de Berlusconi, écrit M. Letta. "Les Italiens sauront renvoyer à l'expéditeur un mensonge tellement énorme et une telle tentative de déformer la réalité", fustige-t-il.

"Besoin de continuité"

Quelques heures encore avant la démission des ministres PDL, il déclarait que l'Italie avait avant tout besoin d'un gouvernement stable et non de retourner aux urnes. "Nous n'avons pas besoin d'être en permanence en campagne électorale. Ce qu'il nous faut, c'est résoudre les problèmes concrets", ajoutait M. Letta.

Si le cabinet Letta devait chuter, le président Giorgio Napolitano devrait choisir entre des élections législatives anticipées ou la recherche d'une autre coalition.

Les derniers sondages donnent les deux grands blocs au coude à coude au parlement. De nouvelles législatives risqueraient fort, étant donné le mode de scrutin italien, de se solder par une impasse politique.

Fraude fiscale

Cette nouvelle crise survient cinq mois à peine après la naissance au forceps d'un gouvernement de large entente. Elle est le produit de la possible éviction de Berlusconi du Sénat à la suite de sa condamnation définitive le 1er août à quatre ans de prison pour fraude fiscale dans une affaire impliquant son empire médiatique Mediaset.

Le Cavaliere devrait purger sa peine à domicile ou en effectuant des travaux d'intérêt général. Mais cette peine a pour effet de rendre inéligible le milliardaire qui a dominé la politique italienne des vingt dernières années.

Scène politique

Une commission sénatoriale doit se réunir le 4 octobre pour se prononcer sur une éventuelle déchéance du "Cavaliere".

Le 18 septembre, Silvio Berlusconi avait affirmé qu'il resterait sur la scène politique, même dans le cas où il perdrait son poste de sénateur en raison d'une condamnation définitive en justice. "On peut faire de la politique même en étant en dehors du parlement", avait dit l'ex-chef du gouvernement italien.

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