La CIA accablée sur l'usage de la torture, poursuites exigées

Le rapport du Sénat américain sur la torture dans les prisons secrètes de la CIA a provoqué un tollé dans le monde. Certaines voix sont allées jusqu'à réclamer des poursuites judiciaires.

"La convention contre la torture est extrêmement claire: elle dit qu'aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu'elle soit, (...) ne peut être invoquée pour justifier la torture", a rappelé à Genève le Haut Commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.

Ce texte "n'épargne personne. Pas plus les tortionnaires que les décideurs politiques ou les responsables publics qui définissent la politique ou donnent les ordres", a-t-il ajouté.

Le rapporteur de l'ONU sur les droits de l'Homme, Ben Emmerson, a de son côté appelé à des poursuites contre les responsables de cette "conspiration criminelle".

Selon lui, "une politique a clairement été orchestrée à haut niveau dans l'administration Bush". Le Département américain de la Justice a toutefois indiqué que le dossier resterait clos, faute de preuves suffisantes.

Le nouveau président afghan Ashraf Ghani s'est dit "outré" à la lecture du rapport et a "vivement condamné ces actes inhumains". Le gouvernement américain est "le symbole de la tyrannie contre l'humanité", pouvait-on lire sur le compte Twitter du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

Varsovie et Vilnius veulent agir

Au total, 119 détenus ont été capturés et emprisonnés dans des sites "noirs", dans des pays jamais identifiés, mais qui incluent vraisemblablement la Thaïlande, l'Afghanistan, la Roumanie, la Lituanie et la Pologne. Selon le rapport, Varsovie s'était dans un premier temps opposée au transfert de membres présumés d'Al Qaïda dans un centre de détention secret, mais s'est montrée plus "souple" après le versement de plusieurs millions de dollars.

L'ex-président polonais Aleksander Kwasniewski, au pouvoir de 1995 à 2005, a reconnu pour la première fois mercredi l'existence d'une prison secrète de la CIA dans son pays. Mais il a précisé que les interrogatoires violents de suspects avaient cessé à la suite de pressions polonaises en 2003, et "qu'au départ, la Pologne ignorait les faits de torture".

M. Kwasniewski n'a en revanche pas confirmé le versement d'une somme d'argent. Il a ajouté que si la CIA avait versé de l'argent, cela n'avait rien à voir avec le site de Stare Kiejkuty (nord-est de la Pologne). Le parquet de Cracovie va demander l'accès au rapport du Sénat, tout comme celui de Vilnius, en Lituanie.

La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, a assuré que son pays était prêt à "assumer sa responsabilité" si les informations du rapport du Sénat étaient confirmées.

Satisfaction européenne

Au-delà des faits rapportés, plusieurs voix ont bien accueilli la publication de ce rapport. L'Allemagne a salué la volonté de l'administration Obama de "reconnaître des erreurs", alors que l'Union européenne y voit une "étape positive" pour affronter ce problème.

Le Conseil de l'Europe a lui aussi réagi positivement, estimant que le rapport publié mardi confirmait ses propres conclusions et celles de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). L'ancien conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI) a longuement enquêté sur cette affaire pour le compte du Conseil de l'Europe.

McCain soutient Obama

Une volonté de transparence également affichée par Barack Obama. "Aucune nation n'est parfaite", a affirmé le président américain. "Mais une des forces de l'Amérique est notre volonté d'affronter ouvertement notre passé, faire face à nos imperfections, et changer pour nous améliorer", a-t-il ajouté.

Ses adversaires républicains ont dénoncé le calendrier de la publication de ce texte. Ils craignent que la transparence ne suscite des représailles contre des cibles américaines dans le monde.

Seule voix discordante chez les républicains, le sénateur John McCain. "La vérité est parfois difficile à avaler", a lancé celui qui fut prisonnier de guerre torturé au Vietnam. "Elle est parfois utilisée par nos ennemis pour nous blesser. Mais les Américains y ont droit".

/ATS


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