L'aide aux Kurdes de Kobané suspendue au bon vouloir d'Ankara

Les raids aériens de la coalition autour de Kobané n'ont pas suffi à contrer l'assaut des jihadistes, qui contrôlent désormais 40% de la ville syrienne. Privés de renforts, les combattants kurdes ne peuvent compter sur l'aide cruciale d'Ankara. La situation provoque la colère des Kurdes et du PKK qui menace de reprendre les armes.

L'armée américaine a mené six raids en deux jours, a annoncé samedi Washington. Quelque 23 jihadistes ont péri dans la journée alors qu'ils tentaient de faire entrer des véhicules à partir du sud-ouest.

Des milliers de combattants sont disposés à aider les défenseurs de Kobané, assiégés depuis trois semaines, si la Turquie autorise l'ouverture d'un corridor, selon un responsable militaire de Qamichli, autre secteur de Syrie aux mains de milices kurdes.

Une décision turque en ce sens serait décisive, car les assaillants jihadistes se trouvent à l'est, à l'ouest et au sud de la ville, ce qui ne laisse que la voie turque au nord pour d'éventuelles livraisons d'armes. Environ 700 habitants, surtout des personnes âgées, sont coincés à Kobané, et 12'000 se trouvent à l'extérieur, dans une zone proche de la frontière turque, d'après les Nations Unies.

Le PKK menace

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui suit l'évolution du conflit par le biais d'un réseau d'informateurs sur le terrain, estime que les miliciens kurdes finiront inévitablement par être mis en déroute si la Turquie refuse d'ouvrir sa frontière pour leur permettre d'obtenir des armes.

Samedi, Cemil Bayik, membre fondateur du PKK qui en est aussi le plus haut dirigeant en liberté, a averti dans un entretien réalisé par la chaîne de télévision allemande ARD que si la Turquie ne fait rien pour aider les Kurdes de Kobané, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) reprendra les armes.

Colère des Kurdes

La passivité d'Ankara donne lieu à des manifestations d'une rare violence. En Turquie, où vivent 15 millions de Kurdes, la mobilisation a mené à la mort de 33 personnes.

En Allemagne, pays dont la communauté kurde est considérée comme la plus importante en Europe, plus de 20'000 personnes sont descendues samedi dans les rues de Düsseldorf.

En France, plusieurs milliers de Parisiens - 6000 selon les organisateurs - se sont mobilisés, tandis que 200 à 300 personnes manifestaient à Lyon.

A Bâle, environ 5000 personnes ont manifesté pour la défense des Kurdes.

Depuis le début de l'offensive de l'Etat islamique dans la région de Kobané, le 16 septembre, 577 personnes ont trouvé la mort selon l'OSDH. Il s'agit pour la plupart de combattants, notamment 321 jihadistes.

/ATS


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