VAROPreem a ouvert mardi les portes de la raffinerie de Cressier à l’occasion de ses 60 ans. Une visite qui permet de mieux comprendre le fonctionnement de la seule installation de ce type encore en activité en Suisse, mais aussi les défis auxquels elle doit faire face.
La raffinerie de Cressier dévoile une partie de ses secrets à l’occasion de ses 60 ans. Mardi, VAROPreem, le propriétaire de l’installation, a organisé une journée portes ouvertes afin de faire découvrir à ses invités ce site habituellement fermé à celles et ceux qui n’y travaillent pas.
Inauguré en 1966, le complexe s’est progressivement imposé comme un maillon important du système énergétique suisse. Aujourd’hui, il couvre, selon VAROPreem, environ 30% de la demande nationale en carburants. Le pétrole brut arrive notamment par oléoduc depuis la région de Marseille, avant d’être transformé en essence, diesel, mazout ou encore carburant d’aviation.
Sa construction débute au milieu des années 1960, à une époque où le canton de Neuchâtel cherche à diversifier son tissu économique, alors très dépendant de l’horlogerie. Soixante ans plus tard, l’installation a profondément évolué, même si cela ne se voit pas forcément de l’extérieur. « Quand on regarde notre outil de production de l’extérieur, on pourrait croire que rien n’a changé. Mais on a énormément investi. On s’est adapté aux nouvelles normes du marché, on a construit de nouvelles unités de production et une nouvelle salle de contrôle qui répond aux normes », explique Enrique Espin, le directeur de la raffinerie.
Autre changement majeur : la transition énergétique. Face aux préoccupations croissantes liées au climat, l’entreprise cherche à réduire son impact environnemental et à diversifier ses activités. Elle a notamment intégré des biocarburants, mis en service un parc solaire et valorise une partie de la chaleur produite pour alimenter un réseau de chauffage à distance.
Le prochain développement concerne la production de biodiesel. « On va importer à peu près 40'000 tonnes de déchets végétaux qui ne sont pas en concurrence avec l’alimentaire pour pouvoir les traiter dans nos unités et produire du biodiesel », détaille Enrique Espin.
Enrique Espin : « À la sortie de la raffinerie, on n’aura pas que du diesel, on aura du diesel et du biodiesel. »
Encore 60 belles années ?
Pour Enrique Espin, les tensions actuelles autour de l’énergie renforcent encore l’importance du complexe de Cressier. Le directeur insiste surtout sur la nécessité de multiplier les voies d’entrée des carburants en Suisse. Selon lui, environ 30% de l’approvisionnement passe par le pipeline qui alimente Cressier. Une part similaire arrive par le rail, environ 5% par camion depuis l’Italie, tandis que le reste transite par le Rhin.
Or, les difficultés rencontrées cet été sur le fleuve, notamment en raison de la sécheresse et du faible niveau des eaux, ont montré les limites de cette voie. Pour le directeur, cette diversification reste donc essentielle afin de sécuriser l’approvisionnement du pays. Enrique Espin estime ainsi que Cressier a encore « une longue vie devant elle. »
« Le Rhin, on l’a vu cet été, ce n’est pas une source d’approvisionnement qui est fiable. »
Une sécurité scrutée de près
Cet été, l’installation a aussi dû être mise à l’arrêt pendant deux semaines à la suite d’un incident. Une interruption remarquée par les habitants des alentours, qui n’avaient toutefois pas obtenu d’explications détaillées dans la presse locale.
Enrique Espin revient désormais sur les faits. « On a eu une fuite sur un échangeur de chaleur. Lorsque l’on a un problème technique dans un complexe industriel comme le nôtre, le plus important est de réussir à s’arrêter en sécurité, de comprendre ce qu'il se passe, de mettre en place une stratégie de réparation efficace, de réparer rapidement et de redémarrer en sécurité. »
« On est toujours resté en sécurité, il n’y a pas eu d’impact sur l’environnement et on a redémarré aussi vite que possible. »
Au-delà des festivités, ce 60e anniversaire rappelle surtout que Cressier se trouve à la croisée de plusieurs enjeux : assurer l’approvisionnement du pays, adapter son modèle à la transition énergétique et maintenir un haut niveau de sécurité industrielle. Autant de défis qui conditionneront la place du site dans les prochaines décennies. /yca









